Vous avez entendu parler des retraites en long, en large et en travers. Du public au privé, le moindre intervenant s’est transformé en expert distribuant les bons points et dénonçant les « privilégiés » au gré de son orientation politique.

Mais encore une fois une frange de la population a été négligée par l’ensemble des partis, des syndicats et des médias. Il s’agit des détenus. Le 22 septembre dernier, l’Observatoire International des Prisons () nous a rappelé que derrière les murs des prisons la retraite n’est toujours pas à l’ordre du jour.

La position de l’ensemble des personnes que l’OIP a pu contacter dresse un portrait sombre de la situation. Le sénateur Jean-René Lecerf (UMP) ne mâche pas ses mots. Pour les prisonniers, « la retraite n’existe pas […] pour eux, cette retraite et rien, c’est pareil ». Il suffit de se référer à quelques chiffres pour comprendre le sens de la remarque : le salaire d’un détenu est de l’ordre de 44% du SMIC, la validation d’un simple trimestre devient donc une épreuve et l’obtention d’une retraite correcte une gageure.

L’exemple le plus souvent cité est celui d’un homme qui a travaillé au service général de l’administration pénitentiaire pendant 21 ans et qui s’est vu proposé pour ses 60 ans une retraite de 22,40€ mensuels bruts… Du côté des syndicats, les réponses sont évasives ou inexistantes ; en prison, le droit du travail ne s’applique pas et fait de nos lieux de détention des zones de non-droit.

« Montre-moi tes prisons… »

L’action de l’OIP s’est néanmoins révélé payante. Le 18 octobre dernier, la sénatrice Nicole Borvo Cohen-Seat, au nom du groupe communiste et apparenté, a proposé un amendement liés à la retraite des personnes détenues.

Dans son essence cet amendement vise à « éviter que les détenus qui ne sortent de prisons soient limités au minimum contributif » et donc « de prendre une mesure permettant d’assimiler toutes les périodes de travail en détention, comme des périodes de cotisations ouvrant des droits réels à pension ».

Cet amendement a été adopté le 25 octobre par la commission paritaire mais le ministre du Travail de l’époque, Eric Woerth, a demandé un délai jusqu’au 30 juin 2011 pour étudier le sujet plus attentivement.

Il n’en reste pas moins que le sujet ne risque guère de motiver les foules tant la place des détenus dans le débat public est restreinte, comme en témoigne cet intéressant extrait de la journée parlementaire du 13 octobre 2010 :

« L’imaginaire collectif associe encore trop souvent des éléments très négatifs à la prison » et de citer l’universitaire Olivier Milhaud : « Dans bien des cas, le site pénitentiaire apparaît comme une pollution, visuelle, sonore, matérielle (déchets jetés aux abords), morale, source de déclin des valeurs foncières ou paysagères. Des stratégies de distanciation sont alors réclamées : maquillage visuel, pare-vue servant de dispositif anti-bruit, demandes de délocalisation de la prison ou refus d’une implantation à proximité des habitations. »

Alexandre Peignot