David est un parieur invétéré. À 32 ans, ce chauffeur-livreur gagne près de 1400 euros nets par mois. De cette somme, il consacre « entre 10 et 100 euros » aux jeux, confie t-il, sourire en coin. Plutôt Française des jeux, type Loto et tickets à gratter, que PMU. « Les ambiances hippiques, ce n’est pas trop mon truc. » Le jeune homme aime jouer. Surtout, il nourrit « l’espoir secret de décrocher un jour le gros lot ». Alors avec la libéralisation du marché des jeux, c’est autant de chances de changer de statut social.

D’autant que les deux détenteurs du monopole, La Française des Jeux (FDJ), entreprise publique, et le PMU, opérateur privé, étendent leur offre commerciale. Objectif ? Parer à la concurrence de ce nouveau marché. Ainsi, la FDJ se lance dans le poker virtuel tout en gardant le monopole sur les loteries. Concernant le PMU, opérateur exclusif sur les paris hippiques, il joue la carte football en y consacrant 80 % de ses offres. Une stratégie bien rodée car la libéralisation de ce marché a coïncidé avec la Coupe du monde. Un événement mondial et populaire permettant de booster le lancement de ces nouveaux produits.

D’ailleurs, les sondages* effectués début juin donnent le vertige. « Cinq millions de Français sont prêts à parier en ligne durant la Coupe du monde de football, soit 10 % de la population majeure (1) », confirme l’Officiel des paris en ligne (OPL), un portail lancé le 9 juin dernier. À noter : la FDJ et le PMU conservent, pour l’instant, une place de choix auprès des parieurs en ligne. En termes de notoriété, les joueurs citent respectivement d’abord la FDJ (87 %) et le PMU (83 %). Une situation qui est naturellement amenée à évoluer.

En effet, la libéralisation des jeux en ligne sonne la fin de ce monopole. Et à voir le nombre d’opérateurs agréés par l’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel), la concurrence ne fait que commencer. Selon cet organisme, « dix-sept licences (ou agréments) ont été délivrées à onze opérateurs de jeux en ligne ». Assimilés à des sites de paris en ligne légaux, ces opérateurs offrent une garantie aux joueurs en termes de préventions des risques liés à la pratique des jeux en ligne. Les opérateurs-postulants doivent respecter un cahier des charges, « l’objectif principal de ce label étant de protéger les joueurs», souligne-t-on à l’Arjel. Car les risques qui en découlent sont bien réels. L’Arjel, composée d’un collège de sept membres nommés par l’Élysée, l’Assemblée nationale et le Sénat, mène avant tout une mission de service public. « La protection des personnes vulnérables figure parmi nos priorités. » Par vulnérable, il faut entendre mineurs, personnes en proie à l’addiction et au surendettement. Et pour atteindre ses objectifs, l’Arjel dispose de moyens plutôt dissuasifs. « Nous travaillons en lien étroit avec les douanes, la gendarmerie, le ministère du Budget, le Parquet… »

L’Autorité peut ainsi faire « déréférencer » un site illégal, bloquer les flux financiers ou le nom de domaine. L’agrément délivré par l’Arjel aux onze opérateurs permet ainsi de déployer ce dispositif en s’appuyant par exemple sur la procédure d’ouverture de compte en ligne. « Nous avons opté pour une procédure contraignante afin de réguler ce marché.» Ainsi, « tout joueur devra transmettre son identité avec date de naissance et compte de paiement pour le transit des mises ou des gains ». Étape de validation, « la fourchette de mise et de dépôt hebdomadaire du joueur », permettant une autolimitation. « Un point clé », selon l’Arjel. « Il s’agit avant tout de responsabiliser les parieurs en les poussant à se poser les bonnes questions sur leurs capacités financières. » Une procédure propre aux sites agréés Arjel. Autre mesure préventive : la possibilité de bloquer les joueurs dépendants. « Si vous êtes interdit de jouer en dur (casino), vous serez interdit de jouer en ligne. Les opérateurs labellisés pourront vérifier auprès de nous si le joueur n’est pas addict. »

Concurrence des sites, mais aussi concurrence entre portails, agréés ou non. Les premiers chiffres sont parlants : 15 % des joueurs se sont déjà renseignés pour jouer sur un portail agréé. Parmi eux, 43 % jouent déjà sur un site non labellisé par l’Arjel. Avec « un marché estimé entre deux et trois milliards d’euros », selon Rachid Bakhtaoui, fondateur de l’OPL, le secteur n’en n’a pas fini de faire parler de lui…

Nadia Moulai

* Sondage Opinionway réalisé sur le Web les 1er et 2 juin sur un échantillon de 1020 personnes représentatif de la population française de 18 ans et plus.