Le shopping en ligne. Voilà « le » phénomène qui prend de l’ampleur depuis quelques années. Selon la Fevad (Fédération du e-commerce et de la vente à distance), ces ventes auraient progressé de 26 % en 2009. Offrant des tarifs des plus attractifs, une liberté d’horaires et un gain de temps considérable, les achats en ligne séduisent de plus en plus d’internautes français. Ceux-ci sont désormais un sur deux à lui succomber. On assiste aussi à une explosion du nombre d’e-commerçants. Pourtant, si les 24,4 millions de cyber-acheteurs effectuent en moyenne 11 achats à l’année, certains y deviennent vite accros, jusqu’au surendettement…

Sites d’enchères, sites discount, ventes privées… La toile regorge d’offres plus alléchantes les unes que les autres. Des jeans de créateurs à moitié prix, la pointe des produits de beauté à des prix dérisoires, ou encore des livres et CD introuvables… Il est difficile de résister (et cela est parfaitement humain !) à cette abondance. D’autant plus difficile que la société nous pousse de plus en plus à posséder et à surconsommer.

Le plaisir d’acheter sans les bousculades, les files d’attente interminables et les trajets jusqu’à la maison chargé de sacs a supplanté les joies de l’essayage et  des après-midis en ville. En outre, la compétitivité des prix est devenue imbattable et palpable, surtout grâce à l’existence des comparateurs de prix. Cependant, le fait d’être propriétaire d’objets convoités en quelques clics peut aussi logiquement augmenter les risques d’addiction. C’est le cas d’Amandine, une accro du shopping internet. Étudiante salariée, elle gagne 860 euros par mois, et en dépense 600 en achats sur la toile.

« Une fois dans ma boîte aux lettres, l’objet n’a plus aucun intérêt. »

« Chaque matin, je reçois une dizaine d’invitations pour des ventes privées, des soldes pour différents sites, des nouvelles promotions… Je n’arrive pas à résister ! Surtout pour les ventes privées : on y trouve des jeans, des sacs à main ou même de la vaisselle de grandes marques ! » Dans le cas d’Amandine, l’achat est devenu compulsif, et ce n’est pas sans la mettre financièrement en danger : « Mon père a plusieurs fois comblé mes découverts, mais il était  fou de rage, et je n’ai pas l’intention que cela se reproduise. »

Si elle n’admet pas être malade, elle se rend tout de même compte qu’elle est dans l’excès : « Je ne pense pas être psychologiquement dérangée : si j’ai vraiment envie d’arrêter, je m’arrête, mais j’aime trop me faire plaisir ! » Pourtant, dans le cas des achats compulsifs, c’est bien souvent le geste qui procure du plaisir : « C’est vrai qu’une fois dans ma boîte aux lettres, l’objet n’a plus aucun intérêt. »

Le jeu des enchères

Si on en parle moins dans les médias, l’engouement suscité par les sites d’enchères ne tarit pourtant pas. Au contraire, le spécialiste des enchères, e-Bay, affiche une augmentation de 11 % de son chiffre d’affaires au premier trimestre 2010. Mine d’or de trésors en tout genre, fournisseur de sensations fortes, e-Bay est l’ultime paradis de l’acheteur compulsif. Cyril, 36 ans, s’est laissé abuser plus d’une fois par les prix de départ et les comptes à rebours : « Les prix de départ, à 1 ou 10 euros suivant la valeur de l’objet, m’ont fait rêver plus d’une fois. Alors, la plupart du temps, je fais tout pour ne pas casser mon rêve même si le prix devient exorbitant. »

Les acheteurs compulsifs sont atteints d’une véritable pathologie : les achats ne correspondent plus à un besoin mais à un désir vif et irrationnel que les psychiatres appellent « fringale d’achat ». Ces « drogués du shopping » ne consultent plus leurs comptes en banque, ont recours à des crédits revolving pour effectuer petits et gros achats, ce qui amorce la spirale infernale vers le surendettement. Mais si ces dépenses ne correspondent pas à des besoins, à une passion ou à de la coquetterie, pourquoi ces achats compulsifs ? Selon certains psychiatres, la « fièvre acheteuse » constituerait une dépression masquée et aurait pour rôle de combler des carences affectives et narcissiques.

Cyril estime faire partie des consommateurs atteints de cette pathologie : « Tous ces sites sont trop dangereux pour des gens comme moi, on ne touche pas l’argent, ni les objets, on ne réalise pas que l’on se ruine. Il n’y a aucune prévention sur ces sites. » Pour venir en aide à ces personnes dépendantes, d’anciens acheteurs compulsifs ont créé l’association des « débiteurs anonymes ». Seule condition pour en devenir membre : la volonté de cesser de créer des dettes impossibles à rembourser.

Selon Cyril, si les promotions alléchantes et les crédits revolving attirent également le chaland dans les magasins classiques, le Net serait un facteur considérable de dépendance par sa facilité d’accès, mais aussi par l’inimitable abondance de tentations. Alors, le Net serait-il plus dangereux pour les consommateurs et les acheteurs compulsifs ?

Juliette Speranza