Depuis trois ans, Ecotidien vous parle régulièrement d’un phénomène émergent : les mariés sponsorisés. Barbara, future épouse de Bernard, a accepté de nous raconter comment elle a réussi à médiatiser son mariage et à attirer des sponsors pour l’ensemble des prestations…

Barbara et Bernard, c’est une belle histoire. Barbara est déjà maman d’une petite Charlotte, onze ans aujourd’hui, quand elle rencontre Bernard, brocanteur. Le couple emménage rapidement ensemble et donne naissance à une petite fille, Rebecca. Quelques années plus tard, Bernard souhaite officialiser son amour pour Barbara. En voyage à Rome, il demande à Charlotte l’autorisation d’épouser sa maman. Émue aux larmes, Barbara voit l’histoire de sa famille recomposée prendre un nouveau tournant. Fonctionnaire, elle vient de suivre une formation sur la levée de fonds. Alors qu’elle imagine le déroulé du mariage idéal, une idée germe dans son esprit : pourquoi n’appliquerait-elle pas ce qu’elle vient d’apprendre à sa vie privée ?

Barbara décide alors de faire financer intégralement son mariage. Pour intéresser les sponsors, il lui faut un support médiatique, du storytelling (raconter une histoire de façon à la rendre « vendeuse ») et un plus produit. Elle se demande quelle est la valeur ajoutée de son mariage, en comparaison avec les précédents mariages sponsorisés, et trouve une réponse dans la religion. Son fiancé est juif marocain, tandis qu’elle-même est juive d’Europe de l’Est. Leur union sera donc baptisée : « Le 1er mariage juif sponsorisé ». Le storytelling, ils l’ont grâce à leur famille recomposée dans laquelle des milliers de Français pourront se reconnaître. Reste le support médiatique…

Barbara part donc à la conquête du net. Elle ouvre un blog, un site vitrine digne d’une entreprise officielle, et noue des partenariats avec Judaïques FM et le magazine Alliances. Ils acceptent de couvrir son aventure et sa recherche de prestataires. Ces passages médias assurés, elle peut partir à la recherche de sponsors. Et ils ne tardent pas à donner leur accord, convaincus par le véritable plan marketing mis en place et par la personnalité dynamique de Barbara.

Pourtant, d’emblée, faire sponsoriser son mariage n’est pas un concept très populaire. Pour Marine, Niçoise mère de deux enfants, le mariage n’est pas une priorité. Et le jour où ça le deviendra, hors de question de se faire sponsoriser. Pourtant, attirer des partenaires ne serait sans doute pas difficile pour cette blogueuse, qui dispose déjà d’un lectorat fidèle. Mais elle juge sévèrement la pratique : « Je trouve ça hyper vulgaire, kitsch et beauf ! » Les slogans publicitaires « fluos », les séances photos devant les logos de marques, pour Marine, c’est incompatible avec le côté sacré d’un mariage, religieux ou pas.

« Je me suis mariée cette année, je n’aurais jamais envisagé ce mode d’organisation », confie aussi Esra. Pour elle, outre le stress de gérer les sponsors – stress supplémentaire dont une future mariée n’a pas besoin – on finit par organiser son mariage comme un événement professionnel et publicitaire, par l’agencer. « J’ai préféré faire un mariage simple à mes frais qu’un feu d’artifice écrivant dans le ciel “sponsorisé par…” » renchérit Laurence, mariée l’an dernier. « C’était un mariage intime, je n’ai pas invité certains membres de ma famille ou de mes amis, ce n’est pas pour voir autour de nous les financeurs… »

Car les sponsors ne se contentent pas d’envoyer un cadeau. Barbara n’étant pas Madonna, qu’elle porte une robe de telle marque ou soit vue avec une bague de telle autre n’aura, a priori, aucun impact sur leurs ventes. Alors la future mariée met le paquet : soirée à domicile en l’honneur des sponsors, citations dans toutes ses chroniques et parutions presse, liens et logos mis en avant sur son site et sur son blog… Elle communique évidemment beaucoup via Facebook et poste les photos de ses partenaires un peu partout en ligne. « Sans sponsors, on se serait mariés quand même, mais grâce à eux, on peut s’offrir et offrir à nos invités une cérémonie inoubliable », souligne-t-elle. Elle rétorque à ceux qui pointent du doigt le manque de pudeur de la démarche : « L’intimité, je l’ai chez moi, avec mon futur mari, ma famille, ce que nous vivons ensemble. »

Avec un nombre croissant de sponsors (deux partenaires médias, la bague, la robe, la tenue, le traiteur, les faire-part, la décoration, les cadeaux d’invités, la voiture louée, etc.), difficile pour chacun d’être visible. « Si, si, chaque partenaire bénéficie d’une bonne visibilité », assure pourtant Barbara, qui s’applique à les promouvoir, les citer, envoyer leurs liens et les faire passer dans l’émission de radio qui la suit. Quant à savoir si l’opération s’avère rentable, c’est un peu tôt pour le dire : « Accompagner Barbara dans son mariage, c’est une visibilité pour moi et surtout un plaisir », assure Stéphanie Rivier, l’une des sponsors (elle fournit le papier des faire-part), sollicitée par la graphiste ayant conçu les faire-part, toujours gratuitement par le biais du sponsoring. Elle a immédiatement donné son accord et joue le jeu en mettant Barbara en relation avec de nouveaux sponsors et médias. Un mariage pas si gratuit que ça au regard de l’énorme charge de travail qui pèse sur Barbara : « Jamais je n’aurais été capable de gérer tout ça. Barbara s’est transformée en chef de projet, wedding planner, chargée d’événementiel, attachée de presse… » Espérons qu’il lui reste de l’énergie pour mettre sa plus belle casquette : celle de mariée.