Pourquoi renoncer au bol d’air annuel ? Pour des raisons financières, bien sûr ! Certains, parce qu’ils viennent de commencer un contrat de travail ou qu’ils sont en CDD, ne bénéficient tout simplement pas de congé payé cet été. Pour d’autres, qui disposent de quelques semaines de vacances, le découvert est trop important pour s’offrir un billet de train ou d’avion.

Idem pour ceux qui ont l’habitude de contracter un petit crédit à la consommation pour se payer des vacances estivales: non seulement les crédits sont accordés moins facilement, mais de surcroît, il devient de plus en plus difficile de rembourser ces emprunts.Parmi ces familles, surtout, certaines se projettent déjà à la rentrée des classes et craignent de ne pas pouvoir assumer les dépenses que nécessitent l’achat de fournitures scolaires (estimées à 350 € par enfant et par an, en moyenne). Même si l’allocation de rentrée scolaire (environ 250 €) existe, elle n’est pas versée à toutes les familles modestes.

Car, hasard ou coïncidence, le coût moyen des vacances de ceux qui prévoient de partir est aussi de 250 € d’après un sondage Opinion Way. Ce chiffre inclue les frais de transports, d’hébergement, de nourriture et de loisirs tels que le verre à la terrasse ou un plat au restaurant. Le choix se pose donc en ces termes : une semaine de vacances ou un an d’éducation pour les enfants !

La majorité des ouvriers et des employés ne bénéficient d’aucune aide financière pour les vacances d’été : ils seraient trop riches pour bénéficier des aides aux vacances attribuées par la caisse d’allocation familiale aux plus démunis, mais plus assez pour s’offrir un séjour en bord de mer. Une famille sur cinq seulement a bénéficie d’une aide pour ses vacances en 2008 (source CREDOC: centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie). Comme eux, près de 47% des employés ne partiront pas cette année (source: Ifop)

Bien que l’on observe l’augmentation de sites Internet de voyages à très bas prix et malgré les efforts consentis par le gouvernement avec la prime de 150 euros versée début Juin aux bas salaires soit trois millions de personnes, cela reste insuffisant pour la moitié de ces français et leur permettre d’organiser un voyage d’été.

Nathalie et Laurent, fonctionnaires à la mairie de Paris tous les deux, avec leurs trois enfants prévoient de faire des allers retours sur les plages de Normandie, (Un Paris / Deauville s’achète 30 € par trajet) de s’offrir des restaurants, d’aller à Disneyland et de « farnienter » dans le jardin du pavillon qu’ils sont en train d’acquérir à crédit dans le Val d’Oise.

Ces sorties risquent de leur revenir cher, si elles sont régulières. Nathalie ne semble pas inquiète outre mesure :«Je gère notre argent assez rigoureusement, aussi je saurai mettre un frein avant que nos comptes ne tombent dans le rouge, si on choisit de rester chez nous, ce n’est pas pour faire plus de dépense qu’on ferait sur un lieu de vacances ! Nous allons économiser 1000 Euros par rapport à nos voisins qui partent à 5 une semaine à Royan en demi-pension… et près de 280 Euros pour leurs billets de train acheté deux mois à l’avance. En revanche, entre les frais de déplacement jusqu’en Normandie et les courts séjours par ci, par là, nous dépenserons au minimum 600  Euros» Le prix d’une semaine en Tunisie pour 4 personnes !

Fatima et son mari ont pour leur part renoncé aux traditionnelles vacances dans leur famille en Algérie pour rester à Paris dans le 19ème arrondissement où ils habitent. Ainsi, ils économiseront plus de 2500 Euros rien que pour le voyage en avion ! Car un voyage au pays inclut aussi (c’est la tradition) de ramener des cadeaux à chaque membre de la famille ce qui peut parfois revenir aussi cher que le prix du billet et doubler le prix des vacances. Ils profiteront donc des sorties que le centre social du secteur où ils habitent propose telles que sorties en mer à Berck Plage en Picardie en car pour 5 euros par personnes à la journée, visites de musées, « la plage au stade de France » qui est aménagée autour d’activités sportives, ski nautique, kayak, voile et d’autres activités.

Alors, rester chez soi l’été, est-ce vraiment moins cher que de partir en vacances ?  Rendez vous à la rentrée pour le bilan…

Widad Ketfi