Lorsque l’on parle de célébrité facile, le mythe de la téléréalité vient tout de suite à l’esprit. C’est en 2001 que le phénomène déferle sur la France. Du jour au lendemain, de parfaits inconnus deviennent des stars et fascinent la population française.

Loana Petrucciani et Christophe Mercy (qui s’en souvient ?) (1) réunissent plus de 7 000 000 de téléspectateurs le soir de la finale et encaissent chacun un chèque d’un montant de 1,5 million de francs de l’époque (230 000 euros), conditionnés à un réinvestissement. Pour info, Laure et Jean Edouard, finaliste de la même émission ont quant à eux dû se contenter d’une voiture break et d’un voyage au Club Med.

Mais dans le paysage des vainqueurs de téléréalité, Loana fait aujourd’hui figure d’ovni, ses gains lui ayant permis de faire des investissements rentables, dans une boîte de production, mais aussi de construire une notoriété durable et rentable. Mais le cas Loana n’est pas légion, et le pari est risqué. Les Whatfor, vainqueurs de l’émission Popstars ont touché 80 000 euros chacun pour leur victoire à l’émission mais semblent aujourd’hui définitivement grillés auprès de l’industrie musicale.

Et si après tout la célébrité ne faisait pas le talent ?

Pour les candidats de la téléréalité, une rupture notable s’est opérée en 2008. Un avocat parisien, Jérémy Assous, créé un précédent en faisant requalifier le travail des candidats de l’Ile de la tentation et de Koh Lanta : « Ils méritaient un contrat de travail en bonne et due forme, avec salaire, heures sup, congés payés. On leur doit donc aussi des indemnités pour non-respect de la procédure de licenciement, et même pour travail dissimulé ! », déclare-t-il.

Opinion confirmée par le jugement de la cour de cassation de Paris le 3 juin 2009. A partir de là, les candidats de la téléréalité deviennent des salariés comme les autres, recevant une rémunération fixée par un contrat de travail, d’une hauteur moyenne de 2 400 euros mensuelle. Pas forcément de quoi se hasarder à exposer son intimité. Seule la prime du vainqueur reste alors un vrai facteur de motivation. Mais là aussi, gare aux inégalités, car là où Karine Delgado, lauréate de la saison 2 de Loft Story avait empoché plus de 250 000 euros, Fathi et Medhi de Pekin Express, n’ont eux eu droit qu’à 19 000 euros chacun.

Pour les autres célébrités, le vrai enjeu reste lui aussi de réussir à s’inscrire dans la durée et à faire fructifier intelligemment le patrimoine accumulé. Ce qui n’est visiblement pas le cas de tout le monde, en témoigne le cas de l’illustre Doc Gynéco, contraint de pointer au Pôle emploi pour 2 500 euros par mois, après avoir accumulé une petite fortune durant quelques années.

La question de la célébrité rémunératrice s’est aussi posée pour un jeune auteur, dont le premier livre paru l’an dernier est considéré comme un best-seller. Sous couvert d’anonymat, il précise : « Mon livre s’est vendu à plus de 7 000 exemplaires, et diffusé par une grosse maison d’édition, des projets sont en cours autour. Mais en additionnant les avances sur droits d’auteur, la vente de produits dérivés, les droits sur la réédition… c’est bien le bout du monde si j’arrive à 5 000 euros sur l’année. Donc rigoureusement impossible d’en vivre. » On est en effet, bien loin des chiffres de Jean Marie Gustave Le Cléziot, prix Nobel français de littérature 2008, qui reçut la somme d’1,02 millions d’euros…

Alors, pour vivre heureux et riche, la voix royale ne serait-elle pas finalement de vivre caché, comme en témoigne Patrice. P, expert comptable en région parisienne qui nous reçoit dans le cadre discret de son cabinet : « Ma carrière et ma notoriété, je les dois à mon travail, mais aussi à ma discrétion. Je reste dans l’ombre, sans ostentation, je dure et je fais fructifier. Dans mon métier, j’ai travaillé avec des chefs d’entreprises, des petites starlettes… j’en ai vu monter très vite, flamber, et redescendre très vite et très bas. Alors, pour moi comme pour mes enfants, j’ai choisi de privilégier le chemin de la formation et de l’emploi. Ca reste aujourd’hui, le seul moyen vraiment efficace de se construire un avenir solide… »

Gabriel Batty

(1) Loft Story, M6, 2001.