Aux États-Unis comme au Canada, ils déclenchent l’euphorie. Les psychologues « à distance » font petit à petit leur apparition en France. Le phénomène, qui a commencé il y a une dizaine d’années et connaît un véritable succès, utilise majoritairement le combiné téléphonique. Certains sites proposent le courriel, la messagerie instantanée ou encore la visioconférence, mais les principaux occupants du marché se cantonnent au téléphone et à un forum gratuit, l’écrit ne permettant pas d’analyser un problème en profondeur, et les visioconférences annulant l’anonymat qui caractérise ces services.

« Le rapport avec SOS Amitié ? Aucun ! » s’exclame Jean-Pierre Camard. Le fondateur de rappelle que les 45 psychologues présents sur la plateforme sont tous des professionnels exerçant en cabinet. Rien à voir en effet avec  les services d’écoute, dont l’utilité est différente, et dont les intervenants, non diplômés, offrent une écoute « passive ». D’autre part, les psychologues de la plateforme possédant chacun un numéro de référence, les « patients » bénéficient d’un réel suivi. Un autre élément différencie les plateformes de psychologues des services d’écoute : le coût, similaire à celui pratiqué en cabinet, de 60 euros la demi-heure (soit 2 euros la minute).

Sexualité, couple, deuil, addiction… On peut choisir son psy selon sa spécialisation, ou encore selon son CV ou pourquoi pas… son faciès ! C’est ce qui a séduit Céline, 36 ans, commerciale en téléphonie : « Deux fois de suite, j’ai contacté la même spécialiste du couple. C’est grâce à elle que j’ai trouvé la force de divorcer. D’accord, je ne me serais pas vue faire une thérapie « de fond » avec elle, mais cette aide ponctuelle m’a été utile ! »

En effet, le fait de pouvoir consulter plusieurs fois le même psy ne permet pas pour autant de créer de vraies thérapies suivies. Les gens appellent en moyenne trois fois sur la plateforme. L’idée est davantage de « gérer des mini-crises de type deuil, divorce… ». Si le besoin d’une longue thérapie ou d’une vraie analyse se fait sentir, les psychologues conseillent aux « télépatients » de se lancer dans une véritable thérapie, une fois les tabous et la gêne évincés…

C’est précisément là que réside l’avantage du psy au téléphone : l’anonymat, la confiance, et surtout, selon Jean-Pierre Camard, la parole « libérée » : « L’anonymat, nominatif et visuel, libère la parole et une aisance que l’on n’a pas forcément en cabinet », assure-t-il. Mais il se révèle aussi plus pratique pour des personnes ayant des horaires compliqués, des handicapés, des personnes âgées, ou encore des femmes enceintes ne pouvant se déplacer. Jean-Pierre Camard rappelle aussi le cas des jeunes mamans ne pouvant pas se déplacer et ayant pourtant un grand besoin de soutien : « Tant que les psys ne sortiront pas de leurs cabinets, notre plate forme aura tout son intérêt. »

Outre la majorité de femmes quadragénaires et leurs problèmes de couples, ce site s’adresse également aux salariés. Suite au débat sur les risques psycho-sociaux au travail, le ministre Xavier Darcos a donné des instructions aux chefs d’entreprise afin qu’ils offrent un suivi psychologique à leurs salariés. Je consulte un psy.com a de ce fait passé des contrats avec une dizaine de grosses entreprises, mais aussi avec une trentaine de PME, crédibilisant ainsi ses plateformes.

Après six mois, la plateforme peut se vanter de quelque 3000 inscriptions. Mais son principe est-il en accord avec la déontologie de la profession ? « Si Freud était encore en vie, il irait chez les gens, il se serait mis aux consultations téléphoniques », assène Jean-Pierre Camard. « Nous respectons la charte des psychologues, nous l’adaptons aux moyens modernes. »

On l’aura compris, les consultations à distance ne permettent pas de transfert, de contact, ou de thérapie à long terme. Elles constituent plutôt un soutien, un déblocage, soit pour surmonter une situation qui ne nécessite pas de suivi, soit pour oser fouler les terres inconnues des cabinets des psychothérapeutes…

Juliette Speranza