Apprécié dans le monde entier, le thon rouge est aujourd’hui menacé de disparaître. En attendant les mesures politiques, certains restaurateurs et consommateurs ont d’ores et déjà changé leurs habitudes pour sauver le poisson.    Et vous ?

En 50 ans, la population de thon rouge a diminué de 75 %, dont 61 % au cours des dix dernières années. Selon l’organisation WWF, les individus en âge de se reproduire auront complètement disparu dans les trois ans à venir si l’on ne réagit pas immédiatement. Les autorités politiques sont conscientes de la menace, mais elles rechignent pour l’heure à édicter des mesures drastiques indispensables pour espérer inverser la tendance.
La France, premier pays pêcheur en Europe avec 20 % des captures déclarées, a beaucoup tergiversé ces derniers mois quant à la politique à adopter. Une politique environnementale difficilement conciliable avec les revendications des pêcheurs, qui refusent de faire les frais de l’instauration de nouveaux quotas de pêche.

Quelques progrès doivent toutefois être soulignés : le 3 février, la France s’est prononcée en faveur de l’interdiction de la pêche du thon rouge, sous réserve du respect d’un délai de mise en œuvre de 18 mois. Concrètement, cela signifie que rien ne sera fait avant la fin de 2011. Par ailleurs, la Commission Environnement du Parlement Européen a voté à plus de 90% des voix l’inscription du thon rouge sur l’Annexe I de la convention onusienne CITES qui regroupe les espèces menacées d’extinction et dont le commerce international est interdit. Cette position devrait être défendue le 13 mars prochain, à l’occasion de la prochaine réunion du CITES au Qatar. Parmi les autres espèces menacées, le thon rouge sera un sujet de première priorité.

Entre-temps les citoyens se mobilisent de leur coté pour contribuer à sa préservation. Morgan Chauffour et David Bousilka, propriétaires des restaurants japonais Sushi Bâ, ont ainsi pris le risque de ne plus proposer du thon rouge à leurs clients. « On l’a fait par conviction, affirme Chauffour. Mon associé et moi, nous sommes provençaux, ce qui fait qu’on avait déjà la fibre un peu écologique. Depuis 2007, on avait conscience du problème et on a commencé à réfléchir sur ce qu’on pouvait faire. A un moment donné il fallait prendre l’initiative. C’est pour ça que depuis le 1 janvier, on ne vend plus de thon rouge du tout.  Alors qu’avant, on achetait une tonne de thon par mois. »

Cette quantité correspondait à 25% de leur chiffre d’affaires. L’enjeu était donc de taille. Ils craignaient devoir payer le prix de leur conviction, mais en élargissant leur gamme de produits chauds, ils ont jusqu’à présent pu garder leur chiffre d’affaire stable. Ils reçoivent en outre de nombreux mails de soutien. « Pour l’instant, nous n’avons eu que des retours positifs. On a même gagné de nouveaux clients grâce à cette initiative. En définitive, je pense que nous avons fait le bon choix », résume le restaurateur.

Mélanie, 23 ans, étudiante et grande fan de sushi au thon, trouve ce genre d’actions « exagéré ». Selon elle, ce n’est pas aux consommateurs de prendre l’initiative, mais aux politiques. « Franchement, qu’est-ce que ça change si je ne mange plus de thon rouge ? Ca ne sert à rien de culpabiliser à chaque fois qu’on mange du thon. C’est aux responsables politiques de revenir sur les quotas de pêche. Mais au lieu de ça, on met la pression sur les consommateurs. C’est du n’importe quoi ! », s’agace-t-elle.

Thierry, 26 ans et avocat, ne partage pas du tout cet avis. « Moi, je pense que chacun doit faire un peu attention de son coté, au risque de voir l’espèce totalement disparaitre. Et si on montre aux politiques que c’est un sujet important pour nous, ça va peut-être les inciter à prendre les mesures qu’il faut » espère-t-il.
La décision de la CITES fin mars sera sans doute cruciale. Mais même si le négoce de thon rouge est prohibé, il faut prendre en compte la possibilité d’un effet pervers : la pêche illégale. C’est là que la mobilisation des citoyens pourra en effet aider à changer la donne.