Il parait qu’il existe dans la capitale – et dans quelques grandes villes – quelques coins isolés où retrouver le plaisir de s’auto-suffire, celui de faire pousser soi même ses légumes, celui de travailler la terre, la vraie, celle qui nous nourrissait jadis ? Ce sont les « jardins partagés ». Comment ça marche, pour qui et à quelles conditions ? Ecotidien est allé enquêter pour vous.

Au programme, jeux pour les enfants, ateliers découvertes, musique et dégustations. Ca semble familial et à en croire Nathalie, Présidente d’une des associations qui gère ces jardins, ça l’est : « Chaque famille cultive ce qu’elle souhaite et en règle général les jardiniers étant des débutants et des enfants très jeunes, le résultat ressemble plutôt à une joyeuse cacophonie entre radis, poireaux en fleurs, salade à moitié grignotée par une limace de passage… Il y a une parcelle dédiée aux enfants non adhérents et aux écoles qui ont leur propre projet pédagogique en fonction des enseignants. »

Alors c’est parti, j’au juste à demander ma parcelle et je peux jardiner ? En théorie, rien de plus simple ! « Chaque jardin partagé est géré par une association. Pour demander une place il convient donc de s’adresser à une d’entre elles. Elles ont en général un site internet où les informations sur le jardin et les conditions d’adhésion sont indiquées. Pour les connaître, le mieux est de s’adresser à la Mairie de l’arrondissement ou de la ville où l’on souhaite jardiner. » Parmi ces associations, Graine de Jardins aide activement les jardins partagés à se développer : nous avons donc fait le test grandeur nature.

Mais il semblerait que ce soit plus compliqué en pratique: « Le délai d’attente pour une parcelle individuelle au jardin de l’Aqueduc est d’environ un à deux ans et pour les parcelles communes d’environ un an. » nous précise Emmanuelle, présidente de ce dernier. D’après Madeleine, qui s’investie depuis plusieurs années dans un jardin parisien du dix-huitième arrondissement, il faut même compter jusqu’à trois ans pour décrocher le gros lot…d’à peine quelques mètres carrés !

« Notre jardin partagé dans Paris est petit, 240 m2 à peine, ce qui nous laisse 160 m2 de surface cultivée et nous sommes une petite quarantaine à bêcher dessus ! » Autant dire que la demande est beaucoup plus élevée que l’offre. On peut certes consommer les produits cultivés et les emporter chez soi mais les possibilités sont limitées par les superficies réduites : « Les enfants du quartier viennent goûter les fraises, les carottes ou les framboises. Les jardiniers que je connais utilisent plutôt la ciboulette, la menthe et rapportent parfois une fleur à la maison. » Nous l’aurons compris, en l’état actuel des choses, l’objectif n’est pas de vivre en autarcie.

Nathalie nous le confirme : « Le but est d’attirer des personnes qui souhaitent partager un savoir sur la nature et/ou une envie d’aider leurs voisins, car le jardin possède un rôle social très important ; Il est donc doté d’un cabanon (offert par la mairie du 18ème) où sont stockés le matériel de jardinage mais aussi beaucoup de petites choses qui plaisent aux enfants : coquillages, pierres pour décorer les parcelles et protéger les semis, maquillage pour faire la fête, feutres et peinture car on ne peut pas toujours pratiquer ces activités à la maison lorsqu’il n’y a qu’une table de salle à manger qui sert à préparer le repas, déjeuner, dîner et faire les devoirs !»

On compte une cinquantaine de jardins partagés aujourd’hui à Paris : un bon début qui marque une envie de rompre avec certaines de nos habitudes citadines et de remettre les mains dans la terre. La « charte main verte » des jardins partagés encadre la création de ces lieux. En signant la charte, les associations s’engagent à proposer des activités ouvertes à tous en respectant l’environnement : trocs de plantes, repas, projections, conférences et expositions qui ponctuent la vie des jardins partagés.

Au-delà de l’aspect écologique certain, ces jardins sont surtout aujourd’hui des espaces de quartiers qui permettent de recréer du lien social entre les citadins, en apprenant à nouveau des gestes « élément-terre »…

Et vous, avez-vous envie d’un espace vert pour jardiner ou, au contraire, y êtes-vous allergique ?

Ange Santenard