Durant le mois de juillet, les banques n’ont pas chômé. En effet, elles étaient en première ligne pour inciter les clients à souscrire à l’emprunt EDF.  Mais pour une fois, les conseillers financiers ne se sont pas trop fatigués pour remplir les objectifs commerciaux, car les épargnants se sont précipités aux guichets des banques. Il faut dire qu’un placement rémunéré à 4,5% et garanti pendant 5 ans ne peut laisser indifférent: une bourse indécise, un livret A en chute libre…

Les clients à la recherche d’un placement bon père de famille, ne pouvaient qu’être séduits par cet emprunt. Avant même le début de la commercialisation, « les gens appelaient pour prendre des rendez-vous, » affirme un conseiller clientèle d’une agence bancaire. Le succès était au rendez-vous, la souscription de l’emprunt EDF a dépassé les  3 milliards d’euros, d’ailleurs l’électricien a arrêté la commercialisation plutôt que prévu : le 6 juillet au lieu du 10 juillet. C’est fini ! Mais si vous ne faites pas partie des heureux souscripteurs, rassurez-vous l’État sort bientôt un nouvel emprunt.

Habituellement l’État, qui a toujours besoin d’argent pour rembourser ses dettes et assurer le fonctionnement des pouvoirs publics, fait appel aux marchés financiers en émettant des obligations et des bons du Trésor. Compte tenu de la qualité de la « signature », l’État n’a aucun mal à trouver de l’argent avec des taux très faibles : 1 074 milliards de dettes dont 65 % sont détenus par des investisseurs étrangers. Parfois, l’État recoure même à du crédit revolving, souscrivant à des emprunts court terme (moins d’un an) à un taux extrêmement compétitif : 1%. Mais avec le risque que ce dernier bondisse et engendre une envolée du coût de la dette.

Malgré tout et pour la cinquième fois dans l’histoire de France, l’État va faire appel à l’épargne des français, une opération douloureuse pour les déficits publics mais qui peut rapporter gros aux épargnants. Rappelez-vous l’emprunt Le Pinay en 1953 : un taux de 4,5% l’an, exonéré d’impôt, et indexé sur l’or. Résultat, vingt ans après, les titres se remboursaient plus de 1190 fois la mise de départ.

Même si Philippe Marini, rapporteur du Budget du Sénat, a annoncé récemment «  que le taux du nouvel emprunt sera de 2% à 2,5% », il est certain que le taux avoisinera les 4% «  si l’inflation reste stable, l’État proposera un taux similaire à celui d’EDF, le taux doit frapper les esprits pour attirer le plus de monde. De plus, il sera sans doute associé à une carotte fiscale» rapporte un Conseiller en Gestion de Patrimoine. Un emprunt rémunérateur pour les français mais suicidaire  pour les comptes de l’État «  la France est déjà très lourdement endettée, et la question se pose de savoir comment  on remboursera analyse Olivier Pastré, professeur d’économie à l’Université Paris VIII, il est clair que s’endetter auprès des français coutent plus cher que d’aller sur les marchés. ».

D’autres plus favorables a cet emprunt considèrent que l’argent récolté devra  être utilisé à bon escient pour créer de la richesse «  Il s’agit d’une dépense tout à fait légitime, note Jean-Hervé  Lorenzi, président du Cercle des économistes, avec l’emprunt, on crée de la richesse, à condition, bien sûr, que l’argent soit bien investi ».

Jamais un banquier ne commercialisera un produit financier « à perte » sauf si cette banque est l’État. Ce dernier  en délaissant le marché financier pour  celui des particuliers plus couteux, cherche avant tout à créer une cohésion et une solidarité nationale. L’émission d’un emprunt d’Etat est d’abord un « coup politique »plus qu’une stratégie économique.

C’est justement pour que cet appel à l’épargne des français ne soit pas vain, que l’Elysée a demandé à deux anciens premiers ministres, Michel Rocard (PS) et Alain Juppé (UMP) de diriger une commission chargée de réfléchir aux priorités nationales pour l’avenir. Espérons que ces deux hautes personnalités feront en sorte que l’emprunt ne soit pas uniquement une bonne nouvelle pour les épargnants.