Seuls 20% des enfants de 2-3 ans sont scolarisés en TPS, très petites sections d’école maternelle. Pour les familles des 80% d’enfants non scolarisés, le choix d’un mode de garde est un vrai casse-tête, malgré la promesse du gouvernement de mettre en place 200 000 offres de garde d’ici 2012. Pour faire patienter les parents, Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille, a annoncé le mois dernier la création de 8000 places en jardins d’éveil entre la rentrée prochaine et 2011. Bien évidemment plus chères que l’école maternelle publique gratuite,  ces jardins d’éveil payants seraient pourtant plus abordables qu’une nourrice à domicile et plus facilement accessibles que les crèches municipales, où seuls quelques bébés chanceux réussissent à obtenir un berceau. Ils permettraient aussi aux jeunes parents de poursuivre ou de reprendre une activité professionnelle et donc de dynamiser leur pouvoir d’achat…

Monique Papon est sénateur UMP de Loire-Atlantique et co-auteur (avec Pierre Martin et Jacques Legendre) d’un rapport sur la scolarisation des jeunes enfants préconisant la mise en place de ces jardins d’éveil. Elle explique à Ecotidien l’impact que ce nouveau mode de garde aura sur le pouvoir d’achat des familles : « Comme pour les crèches, il est prévu que les parents puissent bénéficier des aides de la CAF et des collectivités territoriales, les parents payant en fonction de leurs revenus » Pour un plein temps, selon les villes, le tarif d’une crèche oscille entre 6 et 12% des revenus nets mensuels des parents: Nadine Morano a annoncé que les jardins d’éveil coûteraient 33% de moins aux parents, en moyenne. Afin d’inciter à l’inscription en jardins d’éveil, l’Etat, les collectivités et la CNAF discutent également d’un soutien financier personnalisé. La facture serait déductible des impôts, à même hauteur que les frais de crèche, soit 50% dans la limite de 2300 Euros par an. « Le dispositif des jardins d’éveil, payant, a vocation à demeurer complémentaire et en partenariat constant avec les structures préexistantes d’accueil de la petite enfance » prévient la sénateur en réponse aux détracteurs du jardin d’éveil.

Car les syndicats d’enseignants voient dans ce nouveau mode de garde directement inspiré d’autres pays européens une remise en cause de l’école maternelle.  Dans son journal interne, le SNUDI-FO dénonce une « privatisation » de l’école et un transfert des compétences nationales vers les collectivités territoriales, en clair, un désengagement de l’Etat. Pourtant, à l’heure actuelle, il semble que ces jardins d’éveil répondent à une demande concrète. Caroline, professeur des écoles, explique : « Pour qu’un enfant entre à l’école maternelle,  il doit être propre  (ne plus porter de couche) et respecter des règles de vie en collectivité : siestes à des horaires imposées, repas pris sans aide par exemple. Nombre d’enfants entre 2 et 3 ans n’ont pas ces acquis, et ceux qui les ont ne peuvent, faute de place, être acceptés en école maternelle. Dans ce contexte, les jardins d’éveil peuvent être une bonne passerelle entre la maison ou la nourrice et l’école.» Elle précise toutefois que les collectifs d’enseignants et de parents veilleront à ce que le jardin d’éveil reste uniquement dédié aux 2-3 ans et ne s’étendent pas aux plus de 3 ans, afin de ne pas « concurrencer » l’école.

Un point de vue partagé par de nombreux experts et spécialistes des jeunes enfants auditionnés pour le rapport du Sénat qu’a conduit Monique Papon « Ils reconnaissent que ce type de transition entre la crèche et l’école maternelle leur paraît nécessaire car les enfants de cet âge (2 à 3 ans) sont un peu grands pour fréquenter la crèche (qui accueille les bébés dès l’âge de 3 mois, ndlr) et encore un peu petits pour l’école » souligne-t-elle. La mise en place de jardins d’éveil permettra aussi aux parents de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle, en leur proposant un mode de garde adapté. Un vrai coup de pouce pour leur pouvoir d’achat. En effet, à défaut de crèche et avec le coût élevé d’une assistante maternelle ou d’une nourrice à domicile, « le taux d’activité des femmes a tendance à chuter sous la barre des 60 % en présence de deux enfants dont au moins un de moins de 3 ans et s’effondre même à 37 % en présence de trois enfants ou plus dont au moins un de moins de 3 ans » décrypte pour nous Monique Papon. Sur l’année dernière, d’après la CAF, près de 600 000 parents ont renoncé à leur emploi au profit d’un congé parental rémunéré à environ 580 Euros par mois, dont la moitié l’auraient fait par obligation financière (lire l’enquête d’Ecotidien « Congé parental : travailler moins pour gagner plus ? » à ce sujet). Dans ce contexte précis, les jardins d’éveil apparaissent comme une solution alternative et économique.

Quant à savoir quand les parents pourront remplir et envoyer leur dossier d’inscription, rangez vos stylos, ça ne sera pas généralisé tout de suite. Monique Papon nous confirme que la mesure est actuellement de nature expérimentale, laissée à l’appréciation des communes selon les moyens dont elles disposent (locaux disponibles, personnels qualifiés sur place) Par ailleurs, certaines municipalités comme Paris ont déjà annoncé qu’elles n’étaient « pas candidates » à la mise en place de jardins d’éveil, s’opposant à ce qu’elles considèrent comme un « démantèlement de l’école publique », peut-on lire sur le blog d’Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris.Le SNUDI-FO, lui, demande directement l’abandon du projet. Le concept des jardins d’éveil est donc encore à l’état de petite graine, et les jeunes familles devront attendre plus de 9 mois pour juger de leur impact concret sur leur porte-monnaie.

Marlène Schiappa