Depuis le milieu des années 80, les observateurs ont constaté une mortalité croissante chez les abeilles en France, les taux atteignant jusqu’à 35%. Selon l’AFSA, l’agence française de sécurité alimentaire, plus de quarante facteurs seraient en cause (pollution, acariens, biopesticides…) Tous les apiculteurs aiment à rappeler que, d’après Einstein, « si les abeilles venait à s’éteindre, c’est l’espère humaine qui s’éteindrait en quatre ans », théorie dont s’est inspiré Edward Lorenz pour définir « L’Effet Papillon ». On n’en est pas encore là, en revanche, l’impact se fait déjà sentir sur la production de miel. Qui pourrait rapidement devenir un produit rare…

Pour Claude Cohen, président de l’ADAIF, qui fédère les syndicats, groupements et associations d’apiculteurs d’Ile de France, la production de miel est impossible à estimer. « On peut juste dire qu’à Paris la production par ruche est de 50 à 70 kg, pour la petite couronne, 30 à 40 kg, et qu’elle n’est plus que 15 à 20 kg en Seine et Marne, Yvelines et le sud de l’Essone. Et les mortalités de colonies inversement proportionnelles. Qui dit apiculture, dit biodiversité, et il est indispensable, donc plus que souhaitable, que les abeilles se portent bien. Mais il ne faut pas oublier les autres insectes pollinisateurs qui ont également une grande importance, et les insectes en général qui ont une place dans la chaîne alimentaire D’où, dans certaines régions de grandes cultures, la disparition des oiseaux, des petits mammifères….des vers de terre. Il ne reste que des pies et des corbeaux ! »

Le miel est consommé depuis l’Antiquité, et a toujours joué un rôle primordial dans la consommation. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, on l’utilisait pour sucrer les aliments ou confire les fruits. Aujourd’hui, il est utilisé dans de nombreux régimes, puisque moins calorique que le sucre, mais entre aussi dans la composition de cosmétiques et produits de beauté (savons, crèmes). On lui prêt également des vertus guérisseuses, en cas d’extinction de voix par exemple (bonbons au miel) ou de rhume (grog rhum / miel / citron).

Directrice de Miel et Une Tentations, une société qui fabrique et vend des produits du miel en Haute-Provence, Delphine Oillic le défend avec passion « Quand on parle miel, on pense souvent aux pots en oubliant le reste. Le miel permet de faire aussi du nougat et des pains d’épices par exemple, les vrais pains d’épice moelleux, sans glucose ! » Son slogan est d’ailleurs « On avait oublié le miel ! ». Depuis 2002, le prix du miel en magasins augmente considérablement, et cet ingrédient disparait petit à petit au profit de substituts chimiques. Alain Dechère, fils d’agriculteur, ne peut se passer de sa tartine de miel au petit déjeuner. Il a la solution : « Je ne l’achète que chez des apiculteurs. Il n’y a que là-bas qu’on est sûr de sa provenance, de sa qualité, et que le prix est abordable. » La disparition des abeilles l’inquiète : « Le miel tend à devenir un produit de luxe ! » affirme-t-il.

Mais le rôle des abeilles ne se limite pas à faire du miel. Elles sont sur terre depuis 60 millions d’années, c’est-à-dire bien avant les hommes. Elles assurent 80% de la pollinisation, soit 200 000 espèces végétales, à elles toutes seules. 35% de la production mondiale de nourriture dépendrait des abeilles !

Marlène Schiappa