Initialement, l’écologie est la science qui étudie les rapports entre l’humain et la nature, inventée au XIXè siècle par Haeckel, darwiniste, philosophe et libre-penseur. Mais  autour de ce qui est devenu un concept, petit à petit, d’autres modes de consommation se sont greffés. Ecolo, vert, bio, et même équitable : la nouvelle mode  « responsable » a fait de nombreux petits. Le consensus contre les OGM est quasi général, Europe Ecologie réalise des scores jamais vus aux élections européennes, et quand Yann Arthus Bertrand diffuse son film Home dans 130 pays, 8 millions de Français applaudissent. Une seule voix discordante ose s’élever en la personne de Iegor Gran, écrivain qui publie une tribune dans Libération où il s’insurge contre ce qu’il appelle un « lavage de cerveau (…) binaire : terre, joli, homme, mauvais » Mais au  sein même de la grande famille de la consommation responsable, quelques désaccords commencent à poindre.
C’est même une guerre d’influence qui se mène en coulisses entre les uns et les autres: pour résumer, les adeptes du bio et de l’écolo reprochent aux équitables de polluer la planète en faisant venir leurs bananes d’Afrique, pendant que les équitablement corrects s’insurgent contre les fans du bio, qui achètent souvent local en négligeant les relations Nord-Sud. Et tous deux sont prêts à mettre le prix : les produits bio ou équitables coûtent en moyenne 10 à 15% de plus que les produits classiques.Priscille Alvarez, militante écologiste, toute de coton bio vêtue, considère que la « Terre » doit être au-dessus de toute préoccupation, y compris humaine. « C’est vrai que les commandements autour du bio et de la consommation verte font un peu religion » acquiesce-t-elle. Ce qui ne l’empêche pas de tacler immédiatement le commerce équitable au passage, en se demandant si le riz équitable peut être considéré comme écologique. « J’ai du mal à voir comment 12 heures d’avion ou de bateau peuvent être respectueuses de l’environnement » ironise-t-elle.

Pourtant en France, 1 foyer sur 3  a déjà acheté au moins un produit labellisé Fairtrade / Max Havelaar, rendus accessibles notamment grâce à la diffusion dans les supermarchés (2/3 des achats équitables s’y font) « Le bio et l’équitable sont parfaitement compatibles. » tempère Antoine Suberville, ancien responsable commercial d’Ethiquable, la coopérative de commerce équitable, et fondateur de Tout l’or du monde, un concept-store équitable Bruxellois. « Ils sont complémentaires. L’équitable a plus trait à la dimension sociale (l’éthique dans le commerce), les conditions de travail, de rémunération, la liberté syndicale…. Le bio est plus lié au respect de l’environnement, aux écosystèmes. Il existe déjà des critères environnementaux dans le Charte du Commerce Equitable »

En effet, cette charte dont les prémices ont été jetés à la fin des années 70, par la PFCE (Plate Forme pour le Commerce Equitable), définit comme équitables les produits dont la distribution favorise entre autre « une utilisation raisonnée des matières premières et des sources d’énergie, ainsi que leur renouvellement » et « le circuit le plus court entre producteurs et consommateurs »

Toutefois, si le commerce équitable inclut une notion écologique et biologique, pour Antoine Suberville, la réciproque n’est pas vérifiée : « Dans le sud de l’Espagne par exemple, on trouve de nombreuses plantations bio dans lesquelles travaillent et vivent des clandestins dans des conditions inhumaines ! » Lui qui a voyagé à travers l’Amérique du Sud avec sa compagne (elle-même présidente d’une association pour le respect des relations Nord-Sud) à la rencontre des petits paysans et producteurs de produits du commerce équitable, rappelle que le but premier de ce mode de commerce est de leur garantir un revenu décent.

Priscille Alvarez réplique, un brin protectionniste, que les paysans français ont eux aussi besoin d’un revenu décent, et invite les consommateurs à bien vérifier sur les étiquettes de la viande, des fruits et légumes, ou des fleurs par exemple, que ceux-ci ne proviennent pas de trop loin et qu’ils sont garantis sans OGM et sans produits chimiques « C’est le reflexe qu’il faut avoir pour les fruits et légumes qui poussent sous nos latitudes. » concède Antoine Suberville, qui ajoute : « Et si l’on veut consommer des produits exotiques (bananes, mangues) il vaut mieux les acheter en équitable. Il serait nécessaire de toujours associer ces deux démarches, bio et équitable » Les deux opposants signeraient presque l’armistice, et tombent au moins d’accord sur un point : la nécessité de ne pas être des consommateurs passifs, mais de devenir de véritables ” consom’acteurs “.

Marlène Schiappa