Ne mange pas trop gras, etc.

Le diktat de la minceur nous a envahis : après les silhouettes décharnées posant sur papier glacé, les publicités ont subi l’assaut du mangerbouger.fr, le « site de la nutrition et du plaisir » qui nous matraque à coup de slogans culpabilisateurs : « Ne mange pas trop gras, trop salé, trop sucré ! » ou « Pour bien grandir, mange 5 fruits et légumes par jour ! » Par ailleurs, les distributeurs de sucreries dans les établissements scolaires ont été supprimés.

Des attentions tout à fait louables, quand on sait que 19 % des enfants sont en surpoids ou obèses. Pour le définir, une personne est considérée en surpoids quand son IMC(Indice de masse corporelle) est supérieur à 25. Il existe de nombreux sites où l’on peut le calculer gratuitement, il suffit de renseigner son poids et sa taille.

Pourquoi tant de surpoids ?

Alors, pourquoi ces personnes sont-elles en surpoids ? Prédispositions génétiques ? Laisser-aller ? Le poids du temps ? Pour la plupart d’entre elles, la raison se trouve dans leurs revenus : Le gras est inversement proportionnel au porte-monnaie. Essayons de comprendre le pourquoi de ce phénomène et surtout, si je suis pauvre, suis-je condamné à être gros ?

Déjà, pour se mettre d’accord, on considère ici une personne « pauvre » comme quelqu’un qui a des revenus inférieurs à la moyenne, (2580 euros / mois pour les salariés) de grosses charges (plus de 33% de loyers, crédits, factures et autres charges fixes) et finit le mois à découvert. Pas une personne qui a du prendre le train au lieu de l’avion cet été « parce que c’est la crise ».

« Oui, bon ! le pauvre comme vous dites, aimerait bien manger 5 fruits et légumes par jour mais aussi pouvoir payer son loyer. Et quand il voit les pèches juteuses sur l’étalage à 5 euros le kilo, il se dit qu’à raison de 90 kilos par mois en province, 160 en région parisienne, il préfère payer son loyer», tempête Irma, 41 ans, 86 kilos pour 1m64.

Pourtant, malgré ce qu’avance cette sympathique dame, une boîte de haricots verts ne coûte pas plus cher qu’un lot de frites surgelées. Il s’agirait donc plus d’habitudes alimentaires liées à un mode de vie global. Comme le confirme malgré tout Irma qui avoue que, quand elle veut faire plaisir aux enfants, elle les emmène au Mc Do et non pas manger une sole ou une salade.

« Je cherche ce qui me cale le plus vite »

Nous avons rencontré Marine qui, de son propre aveu, « ne croule pas sous l’or ». Maman de quatre enfants de 2 à 14 ans, elle ne travaille pas car « c’est moins cher pour garder les petits ». Son mari est routier. Avec les aides de la CAF, leurs revenus s’élèvent à 2 500 euros par mois. C’est peu quand on voit les charges fixes qu’ils ont. Les enfants de Marine ne mangent pas à la cantine, à 4,20 euros par enfant, c’est plus économique de déjeuner à la maison.

« J’ai un budget courses de 500 euros par mois, alors les extras, très peu pour nous ! » Même du jambon à la coupe est considéré comme un extra, pour elle. Ce midi, les enfants ont mangé des nuggets surgelés, des pommes-noisettes surgelés et des flans au caramel, le tout premier prix. Coût total du repas : 6 euros. Mais aucun fruit ni légume et beaucoup trop de conservateurs, additifs, et autres matières ajoutées.

Ce n’est pas tant le choix des produits que la façon de les marier qui est en cause dans notre exemple : des pommes-noisettes par exemple complètent avantageusement un plat composé de haricots verts et d’escalopes de poulet grillées. “Je vais au plus rapide, à ce qui me donne une sensation de satiété quasi immédiate : des pâtes, des patates…”, avoue Irma, notre gironde quadra qui mange parfois un paquet de biscuits en guise de déjeuner, le midi ” 40 centimes, même un sandwich c’est plus cher !”

Minceur = réussite ?

Le régime le plus suivi en ce moment, le régime hyper protéiné Dukan, est un exemple : « J’ai essayé de le faire, nous confesse Audrey, 23 ans, caissière. Au bout de 10 jours, je me suis rendu compte que je ne pouvais plus suivre : crevettes, saumon, viande, son d’avoine… c’était trop cher pour moi ! »

Le surpoids, à la mode au siècle dernier, où les femmes débordaient de cellulite et avait un ventre rebondi, est maintenant rédhibitoire pour les gens aisés, dans une société d’image, Hollywod et patrons du CAC40 en tête.

Nathalie préside un club type « country », le droit d’entrée annuel est de 4 000 euros « pour participer aux événements ». Elle nous avoue que pour la clientèle, « un membre gros, ça ne passerait pas. Votre corps, c’est votre étiquette. Ici, on fait de l’équitation, du bateau, du golf, il faut être en pleine forme. Ce n’est pas seulement une question de poids mais d’hygiène de vie. Nous avons une salle de remise en forme. Beaucoup voient une diététicienne ou ont une cuisinière à domicile. Se laisser grossir, c’est se laisser aller. »

Avec une réelle inégalité entre l’homme gros, assimilé au pouvoir, au figures d’autorité (Dominique Strauss Kahn, Marlon Brandon…) et la femme grosse, trop souvent juste assimilée à… une grosse. Mais depuis quelques temps, la tendance s’inverse et déjà, quelques femmes bien en chair ont su s’imposer comme des icônes (Marianne James, Valérie Damidot, la chanteuse de Gossip, et bien d’autres)

Dans quelques années, peut-être le petit embonpoint sera-til de nouveau un signe de réussite sociale ?

Alice Buckler