Si, lors d’un vernissage, une quinquagénaire se précipite vers vous et chuchote à votre oreille « OVS ? », rassurez-vous, vous n’avez pas forcément affaire à une schizophrène férue de science-fiction, mais probablement à une des 500 000 membres d’… Un succès dû en grande partie au bouche à oreille, car le concept, comme toute nouveauté, laisse sceptique : « C’est une ancienne collègue de travail qui m’en avait parlé, elle y était elle-même avec son ami depuis quelques mois », raconte Sylvie, « ovsienne » depuis un an.

Leur argumentaire : « revenir à la vie réelle ». Ne cédons cependant pas à la tentation de résumer l’initiative à une simple tentative d’extirper geeks ou chômeurs longue durée de leur indicible solitude. Les inscrits sont très souvent actifs, et bien intégrés dans la société, mais rencontrent des difficultés à se lier avec leurs semblables : « Il [le site, ndlr] permet de se retrouver avec des gens dans la même situation que nous, c’est à dire des gens qui ont des difficultés à se faire des amis. Ce sont des inconnus comme les autres, comme ceux que l’on pourrait rencontrer dans la rue, à l’école… », explique Christine, inscrite depuis un mois sur un site de sorties amicales.

Mais même pour ceux qui ne rencontrent pas de difficultés à sociabiliser, il n’est pas toujours évident d’aborder de nouvelles personnes  ou de trouver des amis disponibles pour sortir : « Même si on a plein d’amis, ils ne sont pas forcément disponibles en même temps que nous, et le nombre des sorties s’en ressent. Depuis que je suis inscrite, je sors chaque fois que j’en ai envie et ne dépend pas de l’agenda de mes copines overbookées ! » explique Céline, 33 ans, dont la majorité des amis sont en couple voire parents.

Pour Sylvie, « ovsienne » depuis un an, la démarche partait d’un désir de renouveau : « Mon but était de changer mes habitudes de sorties, rencontrer de nouvelles personnes. Le site m’a apporté cela et plus encore car j’ai rencontré des gens qui sont, au fil des mois, devenus des vrais amis (sans pour autant oublier ceux que j’avais avant et que je continue à voir régulièrement. » Mais si Sylvie a pu construire des amitiés durables, n’est-ce pas grâce aux profils, d’une précision étonnante ?

En effet, le nouvel inscrit doit se présenter de manière très précise : métier, âge, passions… Jusqu’ici rien d’extraordinaire… Viennent ensuite des interrogations plus inattendues. Êtes-vous végétarien ? luxe ou moto ? plutôt bière ou pique-nique ? Faites-vous partie du milieu du droit, ou du milieu artistique ? Êtes-vous féru de tennis, de jeux de société ou de nouvelles technologies ? Étonnants détails. Le but serait-il de rassembler des gens semblables entre eux ?

« Au contraire, explique Céline, 33 ans, c’est pour savoir à qui on a affaire. Mais le mieux dans un groupe de sortie est bien sûr que tout le  monde soit différent… » Sur certains sites, le poids et les mensurations sont demandés. Difficile alors de ne pas les rapprocher des sites de rencontres…

Bien sûr, chaque membre est répertorié selon ses sorties préférées : resto, ciné, danse… la liste est longue. Par exemple, au programme de la semaine prochaine : une soirée « méditation » agrémentée d’aliments respectant le régime sans gluten de Christine, une soirée « resto », une soirée « chapeau » dans une boîte de nuit, une soirée astronomie, des soirées jazz, guinguette, jeux de rôle, mini-golf ou encore bière : il y en a pour tous les goûts !

Comme les sites de rencontres, ce site peut-il présenter des dangers en laissant la possibilité à des personnes malveillantes de prendre contact avec les membres ? « Depuis juin 2009, j’en suis à 61 sorties, j’en ai organisé une dizaine et je n’ai jamais eu de mauvaise surprise en tant que femme, tout le monde a toujours été correct et les contacts sans arrière-pensées, même si certains ont pu confondre OVS avec d’autres sites tels Meetic ; dans ce cas ils ont été remis à leur place très rapidement par les gens concernés ou par les modérateurs. Ce site n’est pas fait uniquement pour les personnes célibataires, il y a de nombreux couples (avec ou sans enfants) inscrits sur le site et qui cherchent également à faire de nouvelles connaissances et découvrir des lieux, comme ce fut le cas pour moi », explique Sylvie.

« C’est peut-être moins dangereux qu’une femme qui sort toute seule ; de plus, sur ce site il y a des modérateurs, auxquels on peut signaler des comportements bizarres et qui clôturent alors les comptes suspects », ajoute Christine, qui reconnaît se méfier des propositions « douteuses ». D’autre part, le fait que les membres soient classés et évalués après chaque sortie minimise les risques de mauvaise rencontre.

De nouvelles sorties, de nouvelles têtes, et pourquoi pas la possibilité de « redécouvrir sa ville », comme le souligne Sylvie : « Cela fait 16 ans que je suis sur Dijon et grâce à OVS, j’ai découvert des promenades, des bars, ou des lieux dont je n’avais jamais entendu parler et que je suis ravie à mon tour de faire découvrir lorsque mes amis ou ma famille de Paris viennent passer le week-end chez moi. »

Juliette Speranza