Plusieurs associations proposent d’offrir, pour Noël, des cadeaux insolites et écologiques. Terminées, les piles de jouets sous le sapin et le bruit des papiers froissés ouverts à la hâte par les enfants : cette année, les cadeaux dématérialisés sont de sortie. Par « dématérialisés », il ne faut pas comprendre « high-tech » mais plutôt « symboliques ». Car plus que jamais, dans cette démarche, c’est le geste qui compte.

Depuis la tempête d’il y a dix ans, peu à peu, offrir un arbre à planter est par exemple devenu un cadeau utile et altruiste. Vous pouvez ainsi prendre contact directement avec la forêt de votre choix (Fontainebleau, par exemple, en Seine-et-Marne) et faire financer un arbre, en échange d’une petite plaque au nom de votre choix. Mais certaines associations peuvent s’occuper de toutes les démarches pour vous. Chez Cœur de forêt, par exemple, on peut choisir un kit de reboisement à 15 euros. Pour ce prix-là, un arbre sera planté et la personne à qui vous l’offrez recevra un certificat à son nom, imprimé sur du papier recyclé.

Pierre, un « boomer » de 54 ans, a choisit ce cadeau pour son épouse. « Elle a déjà tout ! En plus de 30 ans de vie commune, j’ai eu l’occasion de lui offrir des voyages, des bijoux, et notre salon ressemble à une vitrine de M6 Boutique tellement il est rempli de gadgets en tous genres. » Pour lui, c’est le cadeau idéal, d’autant qu’il est « déductible en partie des impôts, que demander le peuple ! » Cette même association propose également un kit de compensation carbone. L’idée est la suivante : vous polluez tout au long de l’année, par la force des choses, mais vous vous engagez en faveur de la protection de l’environnement. Vos proches peuvent choisir ce kit, dont l’argent servira à compenser votre coût carbone de l’année. Pour un kit bouquet carbone social 2 tonnes de CO2, comptez 30 euros, et jusqu’à 300 euros pour le kit à 20 tonnes d’émission de CO2 !

Aux États-Unis et au Canada, la pratique est déjà très répandue et les organisations proposant d’offrir des dons nombreuses : les mères contre l’alcool au volant, l’association contre l’épilepsie, l’association du cancer colorectal, l’association pour les arbres… rares sont celles qui n’offrent pas ce service. Dans la plupart des cas, vous recevrez comme pour l’arbre planté, une attestation écrite au nom de la personne. Émilie, Suissesse installée en France, l’a clairement demandé à sa famille : cette année, pour Noël, elle ne veut que des dons ! « J’ai déniché une association pour les enfants des bidonvilles en Thaïlande. Je vais demander à chacun de leur offrir 20 ou 30 euros en mon nom. Recevoir toutes ces attestations le soir de Noël, sous le sapin, va m’emplir de joie. » Le plus beau cadeau qu’elle ait jamais reçu ? Une étoile à son nom, sans attestation cette fois. « Je campais avec mon fiancé de l’époque, le soir de mon anniversaire. Il m’a dit qu’il avait un cadeau spécial pour moi, j’ai pensé à une bague au début, mais il a indiqué une étoile dans le ciel et m’a dit qu’il la baptisait Émilie. Si romantique ! »

Mais si quelques-uns apprécient ce type de cadeaux, tous ne souriront pas en ouvrant une enveloppe intitulée « Une chèvre du Mékong sera nourrie en ton nom » sous le sapin. Carole, par exemple, a encore en travers de la gorge l’appel de ses parents l’informant qu’ils ont préféré donner le jouet de sa fille « aux Restos du cœur de sa part, car ils en ont plus besoin qu’elle. » Au risque de passer lui aussi pour un odieux matérialiste, Karl le clame haut et fort : il ne veut pas de don en son nom, il veut un iPod Touch. « Noël est la seule période où l’on peut s’offrir des cadeaux sans se serrer la ceinture, et se faire plaisir. » Par ailleurs, avec 2 100 euros de revenus nets mensuels, une femme et un fils à charge, Karl préfère toucher du doigt ce dans quoi il investit. Pour lui, offrir un don est un luxe qu’il ne peut pas se permettre, d’autant qu’il est certain que sa compagne attend un nouveau téléphone mobile, et son fils, les baskets dont il parle depuis des mois.

Mêmes arguments chez Angélique, 40 ans, chef comptable et mère de trois enfants : « Si je dis à mes filles de 3, 5 et 11 ans que cette année elles n’auront pas de poupée, pas de Petit Poney, pas de voiture télécommandée, pas de livre ou de DVD parce que j’ai fait un don en leur nom, je crains une crise ! » Pour ne pas frôler l’incident diplomatique, reste à transformer cette B.A. en geste poétique, comme le fiancé d’Émilie. Ou alors à pousser la logique jusqu’au bout : tous les ans, de nombreuses associations organisent des réveillons de Noël où chacun peut venir servir des repas aux personnes dans le besoin, passer la soirée avec elles et même pour ceux qui le souhaitent, rester la nuit sur place. Et le cadeau des enfants, dans tout ça ? « Une leçon d’humanisme et de tolérance, ça n’a pas de prix », répond solennellement Emilie.

Et vous, seriez-vous content de recevoir une attestation de don en votre nom ?
Trouvez-vous cela très généreux ou au contraire, plutôt radin ?