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« Oui, je gâche beaucoup », avoue Amel, un peu honteuse. Pourtant, cette institutrice de 29 ans « déteste gâcher et encore plus quand il s’agit de nourriture ». Malgré tous ses efforts, elle n’arrive pas éviter les pertes. « Je vis avec ma mère. Je crois que nous nous organisons très mal question courses. » Pourtant, la jeune femme est équipée d’une armada de boîtes hermétiques histoire de conserver les produits ouverts ou les restes des repas. Mais rien n’y fait. Elle gâche. « Chaque mois, j’ai environ 20 euros de courses qui vont à la poubelle ! », lance-t-elle, agacée. « Le problème quand on vit à deux, c’est d’arriver à trouver la bonne quantité de courses dont on a besoin. Parfois, j’achète deux fromages, l’un pour moi, l’autre pour ma mère. » Les deux femmes n’ont pas forcément les mêmes goûts. Résultat, deux produits entamés dans le réfrigérateur… qui ont peu de chances d’être consommés en totalité ! « Une fois ouvert, difficile de consommer une boîte de camembert en trois jours », explique-t-elle.

Le problème se pose aussi avec les fruits et légumes. Je fais souvent mes courses au marché ou dans une grande surface. Une livre de pommes par ci, une livre de courgettes par là. « La moitié des fruits ou légumes achetés finit en général à la poubelle. » Derrière ce fait, le besoin de voir « son frigo remplit. Je déteste quand il est vide. J’aime avoir le choix », consciente qu’elle achète plus que de raison. Mais, en France, elle n’est pas la seule à pratiquer le gaspillage.

À tel point que les pouvoirs publics commencent à se pencher sur le problème. Sérieusement. Une étude menée en 2007  par l’Ademe  permet de mettre des chiffres sur ce fléau. « En moyenne, 7 kg de produits sont jetés par an et par habitant », d’après Lydie Ougier, du département déchets de l’Ademe. Des chiffres importants. Le gâchis semble être entré dans les mœurs.

D’autant qu’il s’agit exclusivement d’aliments emballés. « Pour résumer, ces produits passent directement du charriot à la poubelle », insiste cette spécialiste du sujet. Une pratique bien connue d’Amel. « Il m’arrive couramment d’acheter des pots de yaourt ou des œufs qui atterriront dans la poubelle… Oui, c’est très fréquent. » Quand on lui demande d’analyser les raisons de ce gâchis intempestif, elle répond spontanément : « j’évite de dépasser la date de péremption. » Et c’est là que le bât blesse. « En France, il y a une méconnaissance au sujet des dates limites de consommation », constate Lydie Ougier. En clair, une fois la date passée, certains produits restent tout à fait propres à la consommation. Il faut distinguer la date limite d’utilisation optimale (dluo) souvent caractérisée par la mention « à consommer de préférence avant ». Elle concerne tous les produits comme le café, les biscuits ou les boissons. Dans ce cas-là, pas d’inquiétude. « L’aliment reste consommable. » Autrement dit, dépasser de quelques jours ne serait pas néfaste. À condition que le produit ait été conservé en suivant les conditions du fabricant. La date limite de consommation (dlc), elle, renvoie à tous les produits périssables. « La réglementation s’applique à tous les produits périssables comme les yaourts, le fromage ou plats cuisinés. » Dans ce cas, il est déconseillé de dépasser la dlc. Même si comme le rappelle, Lydie Ougier, « c’est davantage le principe de précaution qui prime. »

Autre cause du gâchis alimentaire, les mauvaises habitudes de consommation. « L’idéal serait de mieux gérer les produits stockés dans le réfrigérateur », souligne la spécialiste de l’Ademe.  Effectivement, il y a toute une série de réflexes à garder en tête pour éviter de gaspiller. N’oubliez pas que c’est le portefeuille qui trinque. Guillaume, 34 ans, vendeur, le sait bien. « Je ne jette rien car je cuisine en fonction des dates de consommation. » Question de logique. Acheter pour jeter ? Un manque à gagner réel. Du coup, le jeune homme et sa compagne, Julie, 30 ans, font la chasse au gaspillage. « Nous préférons faire les courses 2 ou 3 fois par semaine. Et surtout, nous dressons toujours une liste des produits à acheter avant. Comme ça, pas d’achats inutiles », précise la jeune femme, fière de sa méthode. Et puis, les deux sont plutôt écolos. Car le gaspillage alimentaire, c’est néfaste pour la planète. D’après l’Ademe, « un repas composé de viande représenterait 3 kg de CO2 rejetés ». Raison de plus pour apprendre à maîtriser vos besoins alimentaires. « Avec le gâchis, on paie pour un produit non consommé », rappelle Lydie Ougier. Et de poursuivre, « coûts de fabrication, coûts de transformation, coûts de production à la poubelle… bref, on a faux sur toute la ligne ! »

Quelques bonnes pratiques pour limiter le gaspillage alimentaire :
veiller à acheter la quantité de produits qu’il vous faut. Commencer par dresser une liste avant de vous rendre dans les commerces ;
apprenez à différencier la date limite d’utilisation optimale et la date limite de consommation ;
cuisiner les bonnes quantités. Enfin si vous parlez anglais, le site lovefoodhatewaste.com vous permet de calculer les bonnes proportions pour préparer un repas ;
conserver vos restes dans des boîtes hermétiques. Vous pourrez cuisiner vos restes d’un repas à l’autre !

Nadia Moulaï