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Le mois dernier, le magazine ELLE, bible des branchées, présentait ses recettes du moment… Au menu, pot-au-feu et blanquette de veau. Revisités par des grands chefs, certes, mais pas tellement hype ! Dans le même temps, Grazia, le nouvel hebdo féminin tendance du groupe Mondadori, sacrait dans son premier numéro la « tradi-branchée ». Le magazine Madame Figaro l’affirmait aussi en ces termes fin novembre: cette saison, pour être à la mode, il faut ressembler à « une bourgeoise de province. » Serre-têtes, tartan et velours vert bouteille sont de rigueur.  Tous les chasseurs de tendance s’accordent à la dire : la mode est au ringard. Ilaria Casati, responsable des rubriques mode et beauté de Grazia.fr, nous le confirme: « Le look BCBG inspire aujourd’hui un univers de créateurs : Kitsuné, Bérangère Claire, Surface to Air, APC, Le Mont Saint Michel. Le Barbour et le gilet Lacoste n’ont jamais été aussi en vogue. » Ainsi, une tradi-branchée « fait preuve d’audace en termes vestimentaires » explique Ilaria Casati, qui souligne que la tradi-branchée se place «  loin des diktats et de l’hystérie de la consommation ; Son style ? Du bcbg décontracté, un air de bonne famille au second degré. »

Mais la vague ne s’arrête pas aux podiums : les soirées branchées sont tout aussi surprenantes. Prenez une dizaine de parisiennes et mettez-les dans un bar à réputation « repère de bobos » du Canal St Martin, un samedi soir. A quelle activité palpitante s’adonnent-elles ? Danse, afterwork, consommation de cocktails ? Non, au tricot ! Le Plaisir des aiguilles, Elle tricote à Paris, Café Tricot… les clubs de tricot sont de plus en plus nombreux à émerger et réunissent chacun plusieurs centaines d’adeptes des aiguilles. Alors que ce loisir souffrait d’une image clairement ringarde il y a encore un an, il a été remis au goût du jour par quelques célébrités aperçues avec leur matériel sur les tournages, et surtout par la vague du « home made », du fait maison. Ainsi, Delphine, 30 ans, graphiste free-lance et Méline, 27 ans, attachée de presse, ont délaissé le clubbing pour se retrouver toutes les semaines et manier les aiguilles ensemble. « On est conscientes qu’avec notre thé et nos tricots de laines, on fait un peu mamies pour les non-initiés. Mais la tendance, c’est ça aujourd’hui, le retour aux valeurs d’antan » rigolent-elles en chœur. Un rêve pour Eliane, bientôt 60 ans : sa mercerie de banlieue parisienne,  jusque là au bord de la faillite, n’a jamais aussi bien tourné que depuis qu’elle organise des cours de tricot à 15 € de l’heure. Cette mamie au look désuet est même le nouveau gourou des modeuses du quartier, qui lui demandent conseil avant de s’habiller pour un rendez-vous.

Autre soirée, autre ambiance, mais même leit-motiv : le ringard-tendance. A l’Elysée Montmartre, on accueillait le week-end dernier la 15ème soirée We Are The 90’s. Eliès, 28 ans, y participe dès qu’il le peut : « On y écoute du Dorothée, des chansons françaises un peu soupe, des génériques de séries, des boysbands… un hommage a été rendu à Filip des 2Be3 après son décès, les DJ se sont prosternés devant des écrans géants à son image. Une super ambiance où on n’a pas besoin d’être tendance, on se complait dans cette atmosphère volontairement ringarde, décalée, quoi, bon esprit ! » raconte le jeune homme, qui a même rencontré sa compagne du moment sur place. « Elle portait un t-shirt Beverly Hills 90210 » se souvient-il. Une série has been, jusqu’à ce que les producteurs décident d’en tourner une suite en transposant l’intrigue à notre époque (diffusée sur M6 depuis cette année). Annalynn McCord, l’actrice principale, apparaît même comme la nouvelle it girl des magazines people.

Pour Ilaria Casali de Grazia.fr, la crise ne serait pas étrangère à ce nouveau phénomène: « Aujourd’hui en mode, on assiste à un retour des valeurs refuges. On s’habille BCBG pour stopper la course contre la mode, pour contrer le tout-tendance, le ” it produit”, le bling vulgarisé par la télé et ses émissions de relooking. Elle est dans l’anti-frime et ose affirmer son style en twistant les grands crus de la mode. » L’experte conseille même aux lecteurs d’Ecotidien : « Oui au tailleur, pourvu qu’il soit bermuda et associé à un accessoire loufoque. La tradi-branchée se bricole un look personnalisé mais recherche de la qualité dans les coupes et les matières des vêtements qu’elle porte. Le twin-set et les mocassins retrouvent leurs lettres de noblesse chez elle. »

Cette mode n’est pas du gout d’Isabelle, 45 ans, proviseur près de Saint Etienne. « Personnellement, en tant que bourgeoise de province, je me sens visée et même moquée et je n’apprécie pas du tout.» Pour elle, on dit ‘’ringard’’ alors qu’on devrait dire ‘’authentique’’. Mais qu’elle se rassure, les « BCBG de province » ne sont pas les seules dans ce cas. Il y a à peine 10 ans, un geek était encore perçu comme un informaticien boutonneux à lunettes no-life : tout sauf tendance. Aujourd’hui, ils ont leurs rubriques dans de grands médias et quand Loïc Le Meur organise un rassemblement de nerds et de webbeurs (LeWeb09) il s’agit d’un événement incontournable.

Vous voilà prévenus :  accrochez vos assiettes décoratives au mur, inscrivez-vous à WOW, tricotez, mettez de grosses lunettes de vue, portez un sac à main de mémère, enfilez des chaussettes de couleur et écoutez du Alliage, vous ne pourrez pas être plus in ! Ilaria Casati nous le garantit : « Si cette tendance rend hommage aux ringards, alors oui, être ringards est à la pointe de la hype ! »