Une coupe de cheveux ? Jusqu’à 200 € chez Toni&Guy selon le technicien, 60 € en moyenne chez Jean-Louis David diffusion, et seulement 19 € chez Tchip. C’est 10 fois moins que chez un coiffeur haut de gamme. A l’origine du concept Tchip, Franck François, déjà créateur de la marque VOG coiffure. Il fonde en 1996 une chaîne à prix cassés au slogan évocateur : « pourquoi payer plus cher ? » qui compte aujourd’hui plus de 300 salons répartis dans toute la France.

« Les produits utilisés sont les mêmes qu’ailleurs » prévient d’emblée la responsable du salon. Vérification faite, il s’agit bien de la gamme L’Oréal utilisée également chez la plupart des salons. La vitrine l’affirme, chez Tchip, on choisit son forfait : 19 € pour un shampooing coupe brushing, 29 € pour une couleur en plus, 39 € pour une permanente et 49 € pour un balayage et on sait à l’avance ce qu’on va payer en sortant. Mais la promesse du forfait est-elle tenue ?

Première déconvenue : « Le forfait couleur ne comprend que l’entretien régulier des racines, soit 1,5 cm » précise un petit panneau affiché dans le salon. Des toutes petites racines, donc. Ainsi, si vous voulez bénéficier de ce tarif attractif, il vous faudra venir une fois par mois. 1 cliente sur 2 vient ici pour cela. Mais pour une « vraie » couleur, si vous êtes rousse et que vous voulez devenir brune par exemple, il faudra demander un devis. Une cliente se fait tripoter les cheveux devant la porte par la responsable du salon, qui tapote ensuite sa calculette avant de lui annoncer son prix : « 80 € ». Il varie selon votre longueur, couleur et épaisseur de cheveux.

Mais l’augmentation du forfait ne s’arrête pas là. Assises au bac, restez vigilantes : entre un massage du cuir chevelu et un compliment sur vos chaussures, la jeune shampouineuse vous proposera « un soin, nécessaire si ‘’on’’ leur fait un brushing ». Etrange, ‘’on’’ pensait que le brushing était inclus dans le forfait ? « En fait, c’est le brushing sur cheveux courts ou mi-longs qui est inclus » explique Sonia D., qui a fondé son propre petit salon après deux ans de bons et loyaux services chez Tchip. « Au-delà des épaules, on vous fait payer un tarif pour rentabiliser le temps perdu, enfin le temps passé, car les coiffeuses sont formées pour couper les cheveux avec des gestes les plus précis et les plus brefs possibles. » Tarif : 6 euros en plus. « Le nom officiel du soin est ‘’le rituel Kérastase’’, une marque un peu plus haut de gamme. » confie la repentie.

« Ouhlala, ils sont abîmés vos cheveux, vous les coupez où d’habitude ? » la question que posent invariablement tous les coiffeurs pour vous faire douter subtilement et vous amener à repartir avec toutes les options « pointes fourchues », « cheveux secs et rebelles », « anti-chute », etc. Chez Tchip, on ne déroge pas à la règle et on vous rassure immédiatement en vous proposant une solution : acheter « un sérum L’Oréal… » 15 €. La ficelle est un peu grosse : pendant que votre soin pose, on vous place le flacon dans les mains pour que vous puissiez lire le petit laïus affirmant qu’après avoir appliqué ce sérum, vous ressemblerez à Scarlett Johansson en mieux. « Mais le sérum ne sert à rien sans le lot shampooing-soin » explique la coiffeuse. 22 € le shampooing, « et le soin est offert ! » lance-t-elle joyeusement. Le total se monte donc pour l’instant à 72 € : ils sont loin, les 29 € de départ. Mais bien sûr, rien ne vous oblige à dire oui et vous pouvez vous contenter du forfait de base sans soin, sans longueur, sans brushing et sans produits. Mais si vous n’êtes pas satisfaits du résultat, “on vous aura prévenu”.

« C’est une idée vieille comme le monde, c’est le principe du ‘’vendez du cirage’’» explique Laurent Coupat, consultant en marketing. « Le CA se fait sur les produits annexes, comme le restaurateur qui vous pousse à commander à boire ou le vendeur de chaussures qui vous propose du cirage… Une façon comme une autre d’augmenter le panier moyen du client.» Et chez Tchip, on ne se contente pas d’augmenter le panier moyen : comme dans tous les secteurs low cost, on supprime les coûts jugés superflus.

Les économies se font surtout en interne : alors que toute l’équipe est vêtue d’uniformes blancs et badgée de son prénom chez Jean-Louis David ou de blouses noires chez Franck Provost, chez Tchip, l’uniforme est artisanal : « Il y avait une couleur définie, qui changeait régulièrement. Quand c’était le bleu par exemple, j’ai du aller m’acheter un pantalon et un t-shirt bleu pour être dans le ton, et encore, j’ai eu une réflexion parce que mon t-shirt avait un motif… » raconte Sonia D., qui se souvient que ses collègues et elle allaient régulièrement acheter des grosses barquettes de riz blanc chez le traiteur chinois du quartier pour les pauses déjeuners, « même les menus des fast foods étant trop cher pour nos salaires. » Pourtant sur tous les sites d’emploi, les annonces passées par Tchip sont identiques : « première expérience de préférence, mais formation assurée et salaire motivant. »

Alors pour parvenir à un « salaire motivant », les employées ont deux techniques. « Au moment d’encaisser, la coiffeuse se place à côté de celle qui est au comptoir met le pot à pourboire sous le nez de la cliente… ça peut aller de rien les mauvais jours à 150 € les samedis.» se souvient Sonia D. La seconde ? Le travail au noir « Je faisais régulièrement des coiffures pour les mariages,  100 € la prestation »

Elle concède cependant que les coiffeurs Tchip, formés régulièrement, sont aussi bons qu’ailleurs. En outre, à première vue, impossible de deviner qu’il s’agit d’une prestation discount : la lumière tamisée, les miroirs en forme de vague, les magazines féminins et les sourires des clientes sur le départ évoquent un salon classique. Si, dans l’intimité des forums de discussion, on trouve des clientes mécontentes (”j’aurais mieux fait de faire ma permanente moi-même!” tonne l’une d’elles) sur le pas de la porte, toutes affirment en avoir eu pour leur argent. Les salons ont par ailleurs progressé sur les dernières années, notamment au niveau de l’accueil personnalisé: chaque cliente a désormais sa fiche avec ses couleurs de préférence qui permet de refaire “ce joli reflet irrisé” qui lui avait plu il y a 6 mois de ça.

Et le slogan « prix imbattable », est-il vérifié ? Plus ou moins. Nous avons trouvé plusieurs salons pratiquants des tarifs encore plus bas : les coiffeurs indépendants qui officient dans de petits salons dans des quartiers populaires facturent par exemple jusqu’à 9 € la coupe pour hommes, et 15 pour les femmes, sans option et sans soin. Et si vous cherchez un coiffeur encore moins onéreux que Tchip, pensez aux… écoles de formation Tchip. A Lille, Paris, ou Lyon, elles recherchent régulièrement des modèles, hommes ou femmes, pour les coiffer gratuitement. Qui dit mieux ?

Marlène Schiappa