Un lit à donner ou un déménagement à organiser ? Passez donc par le Système d’échange local (SEL) ! Crée dans les années 80 au Canada, le réseau fait ses premiers émules en France en 1994. Depuis, il a conquis de nombreux Français séduit par ce mode de consommation où l’argent n’est pas une préoccupation.
Et si l’argent n’était plus nécessaire à la consommation? Pour les adeptes du Système d’échange local (SEL), c’est une évidence. Le principe est plutôt simple : les adhérents du SEL – il y en a 300 en France- procèdent à des échanges de services. Pour un euro par mois, ils accèdent au groupe Yahoo propre à leur département ou arrondissement où chaque jour une dizaine d’annonces transite. Nadia, une assistante maternelle à la retraite, est adhérente d’un SEL depuis 14 ans. « Si j’ai besoin d’une aide informatique, je fais appel au SEL. On a un chéquier avec un numéro. Celui qui rend ce service indique sur son chèque qu’il m’a aidé pour 60 grains de sel. Je signe et à la fin de l’année, on fait les comptes.» Une condition quand même. « Ne pas être débiteur ! précise t-elle.
L’originalité repose sur l’absence de monnaie réelle. Ici, point d’euros. « Mais plutôt des grains de sel, des piafs ou même des minutes. » souligne Nadia. Et à l’écouter, parler d’argent serait presque tabou. « On n’a pas forcément besoin de parler d’euros. On évite même le sujet. Même si avec la crise, certains dérapent. » lâche t- elle. Car détrompez vous, les adhérents du SEL ne sont pas dans une logique purement économique. « On s’est lancé dans ce procédé d’abord pour se faire plaisir. C’est un mode de consommation plus sain mais attention ce n’est pas du troc !» tonne t- elle. En clair, un séliste pose votre carrelage, vous créditez son compte avec la monnaie de votre SEL.
Un point clé dans le réseau, restaurer le lien social tout en consommant.
Rachid, coordinateur social en Gironde, insiste beaucoup sur cet aspect. « Avec le SEL, on n’est plus dans un magasin où tu prend tout et n’importe quoi. Quand je vais réparer les fenêtres chez un papy, on est dans une rencontre, on se rend service…cela t’enrichit » explique ce séliste, tombé dans la marmite en 1996. Depuis, passer par le SEL pour lui est devenu une habitude presque un réflexe. Il faut dire que Rachid est plutôt curieux et surtout impliqué dans le réseau associatif. Et pour ce militant de gauche, le SEL est « un système monétaire sans risque. Je ne fais pas faillite. Si je pars un jour en ayant un débit de 500 grains de sel, je n’aurais ruiné personne. C’est une monnaie fictive » lance t-il, la voix pleine de conviction.
D’autant qu’avec la crise actuelle, les sélistes se remettent à évoquer l’argent habituellement, sujet proscrit des discussions. Comme Chantal, 71 ans, séliste parisienne depuis 2000. « Le SEL est un bon moyen de faire des économies dans le contexte actuel. » Avant d’ajouter, « j’ai hébergé un séliste il y a quelques temps. En contrepartie il a peint une pièce dans ma maison du Sud de la France». Quoi de plus concret comme économie ! Pour autant, le SEL reste un réseau d’initiés, loin de la consommation de masse. Si à Paris, il compte 1000 membres, en province, le réseau reste concentré autour de quelques adhérents. « A Montargis, nous sommes une dizaine.» confirme Nadia.
Pourquoi le SEL reste si peu connu alors que tout y est « gratuit » ? Parmi les raisons évoquées, la nécessaire connaissance du milieu associatif. Le SEL repose sur une vision solidaire de la consommation et bien souvent les sélistes sont très impliqués dans des actions citoyennes. «J’ai un réseau important, j’ai beaucoup voyagé et j’avais entendu parler du SEL. Une fois à la retraite, j’ai adhéré car je recherchais une aide en informatique» confie Chantal. Autre explication, la méfiance. Il faut bien le rappeler, un séliste est avant tout un inconnu. Alors pour se prémunir d’éventuels arnaqueurs, « les adhérents au SEL transmettent leurs coordonnées, numéro de police. Ainsi, les adhérents peuvent s’informer, ils ne vont pas à l’aveuglette » affirme Nadia.
Après tout, ça ne viendrait pas à l’esprit des 60 millions de Français, de dispenser gratuitement des cours de guitare, de proposer du jardinage ou même d’accueillir un inconnu chez soi ! A l’instar de la route des SEL d’ailleurs qui propose un hébergement en France et dans le monde entier. Enfin, adhérer au SEL c’est accepter de consommer mais aussi…de donner en échange. « On n’est plus dans la consommation unilatérale. C’est avant tout des échanges.» Plus besoin d’argent certes. Ici, il faut du temps et c’est encore une autre histoire…
Le SEL en chiffre :
Le SEL en France, c’est 350 groupes répartis dans près de 80 départements.
A l’échelle européenne, on en trouve un peu partout Italie, Allemagne, Espagne, Suisse…
Concrètement, comment adhérer au SEL ?
Inscription en ligne sur : www.selidaire.org. Pour obtenir les coordonnées du SEL de votre département, envoyez un mail à : secretariat@selidaire.org
Comptez 1 euro par mois pour l’adhésion.
Comment accédez aux groupes Yahoo?
En adhérant au SEL, vous êtes automatiquement rattaché au groupe Yahoo qui en dépend. Une condition quand même : avoir une adresse Yahoo.
Quels moyens pour être sûr de la fiabilité des autres membres?
Au moment de l’inscription, vous devrez transmettre coordonnées complètes et votre numéro de police. Pour se prémunir d’éventuels abus, le SEL a mis en place une charte de bonne conduite.
Combien d’offres en ligne transitent sur le groupe?
Parmi les échanges les plus importants, du matériel informatique, du mobilier neuf et même une voiture d’occasion !
Nadia Moulaï
Pour aller plus loin


Connaissez-vous le SEL ? Avec le Système d’Echange Local, on achète et on vend sans argent... Nadia nous explique, en détails, comment donner pour recevoir. Mode d'emploi.




















http://selidaire.org/spip/article.php3?id_article=821
@Six thousand: merci pour vos talents d’enquêteurs!!
)
@Nathalie: les sélistes interrogés sont catégoriques. Le SEL, ce n’est pas du troc car vous pouvez échanger un bien ou un service à une personne sans qu’elle n’exige quoique ce soit en retour. Cela vous apporte des grains de sel ou des piafs pour échanger avec une tierce personne. Tout est comptabilisé dans le fameux carnet de chèques.
@Cramettte: oui oui j’avais compris. Aucun souci
@Thierry:Merci pour vos éclairages. Mais nous ne prétendons pas produire des articles de thèse universitaire. Il est question de proposer des sujets autour de la consommation et du pouvoir d’achat à la communauté Ecotidien. Par ailleurs, j’ai fait mon travail de journaliste de la plus sérieuse façon qui soit. Vérification des sources+ terrain. Enfin , le papier n’entend pas diaboliser la monnaie mais rendre compte d’une réalité: certaines personnes en France ne se retrouvent pas dans ce système. C’est pourquoi, elles se tournent vers d’autres vecteurs de consommation.
@Nadia: ??? Quel intérêt de déformer une réalité. J’ai repris les propos de Nadia dont le témoignage m’a permis d’expliquer les tenants et les aboutissants du SEL! Où voyez vous une volonté de discréditer le SEL?
Ce que je vous reproche (vous : les chroniqueurs d’Ecotidien) c’est le parti-pris délibéré que vous adoptez dans la rédaction de vos billets, qui ne sont qu’un assemblage d’expériences individuelles (untel a dit ça, untelle à fait ci), sans jamais mettre ces expériences en perspective. Pour une raison bien simple : vous évitez absolument tout ce qui peut-être clivant, et surtout tout ce qui amène sur le terrain politique. Je fais le pari que ce n’est pas ce dont vous rêviez comme type de papier lorsque vous étiez en école de journalisme…
Il y a un problème de pouvoir d’achat en France : dire aux gens “voilà des astuces pour acheter moins cher”, c’est leur dire “voilà comment faire pour baisser encore un peu plus les salaires de ceux qui fabriquent ces biens ou ces services”, y compris bien évidemment et surtout leur propre salaire. C’est aussi soupçonner tous les acteurs économiques de s’en mettre “plein les poches”, sans jamais d’ailleurs être en mesure de pouvoir le prouver.
La question du pouvoir d’achat n’est pas une question d’astuces : c’est la question de la répartition des profits entre salaires et dividendes. Oui, je sais, ce sont des gros mots, et c’est moins rigolo que ce vous écrivez. Mais le réflexion sur les mécanismes du monde, la prise de conscience que nous vivons en société, et non que nous sommes seuls les uns contre les autres à vouloir tirer notre épingle du jeu, cela ne peut nuire à personne, et cela peut même libérer des chaines que nous subissons (je ne suis pas un nanti qui vous parle du haut de son tas d’or…).
Cordialement.
Vous parlez à Nadia, mais je vais me permettre de vous répondre puisque vous mentionnez l’ensemble des chroniqueurs Ecotidien
Effectivement, nous sommes d’accord: pour améliorer durablement le pouvoir d’achat, il faudrait que tous les salariés aient des salaires confortables, des loyers faibles, peu de charges fixes et un service public de qualité, que les entrepreneurs croulent sous les clients et que les fonctionnaires soient tous augmentés.
Mais en attendant, que faire ? Rester les bras croisés et attendre que ça passe ? Laisser chacun faire ses comptes, calculer son découvert, se ronger les ongles dans son coin ?
Nous avons pris le parti, toute l’équipe d’Ecotidien, d’agir, de mettre en commun les connaissances des uns et des autres sur le pouvoir d’achat, de partager nos astuces, nos trucs, nos méthodes, de relayer les tendances de consommation pour aider concrètement tous les internautes.
Si vous voulez, nous pouvons accompagner nos articles de thèses psychosiciologiques ou géopolitiques, Nadia qui a entre autres un DESS de communication politique pourrait théoriser avec vous sans mal
Seulement, sur Ecotidien, nous abordons le pouvoir d’achat, la consommation, la qualité de vie sous un angle pratique, d’ailleurs je vous renvoie au nom Ecotidien (quotidien).
Par exemple, avec cet article sur les SEL, Nadia a permis à des centaines de milliers (ne soyons pas modestes
) d’internautes de découvrir une nouvelle approche des échanges, et comme dirait France Gall, c’est peut être un détail pour vous, mais pour d’autres, ça veut dire beaucoup
En outre, comme je viens de le dire, vous pouvez proposer vos propres articles au blog, en les envoyant à ecotidien@yahoo.fr. (ce qui en sus est rémunéré, bonus pouvoir d’achat au passage)
Vous nous reprochez de ne pas aller sur le “terrain politique”: d’autres nous reprochent l’inverse. Certains d’entre nous (les rédacteurs d’Ecotidien) sont engagés à titre personnel dans des combats politiques ou associatifs, mais est-ce le but d’un blog sur le pouvoir d’achat que de relayer des combats relevant de convictions personnelles subjectives ?
Je ne le pense pas. Et vous ?
Très bonne journée et j’espère, à bientôt !!
Ce “SEL” me parait être une organisation très ingénieuse, mais qui s’adresse à des personnes capables de repeindre une pièce en échange d’un service rendu. Or je suis une vieille dame pas très mobile, et je ne vois pas ce que je pourrais offrir, à part une rémunération, en échange des services qu’on me rend? Peut être en donnant certains objets? (Par exemple je me prépare à déposer sur le boulevard devant chez moi, le jour des “encombrants”, un bureau tres simple et moderne dont je n’ai aucune utilité.) Est ce que c’est ça ou suis-je complètement à coté de la plaque?
Je ne suis plus dans la vie active depuis longtemps et plus du tout apte à aller chez quelqu’un pour lui rendre un service moi même. Je sais que “SEL” n’est pas du troc mais que ça y ressemble, et j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui se donnent un mal de chien pour trouver des solutions “alternatives”.
Merci Marlène pour les actions que vous menez, toujours intéressantes.
J’apprécie que vous évitiez la politique, c’est rafraichissant. Nous sommes quasi harcelés par des informations incessantes sur les politiciens de tous bords, et un espace où on ne parle pas de politique, ça “change l’eau du bocal” et c’est bien agréable!
Bonne journée à tous.
J’espère que vous pourrez me lire. Je ne sais pas quel est votre degré de “validité”, mais vous avez sûrement pas mal à donner, à échanger, de votre côté. Les SEL, il me semble, ne sont pas uniquement dédiés aux gros travaux. Il s’agit d’échange. Avec les SEL, vous naviguez dans le monde associatif.Vous pouvez faire un gâteau, aider un gamin qui ne sait pas bien lire, Vous pouvez aussi apporter votre savoir, si vous n’avez pas la force physique, vous avez certainement d’autres richesses et de nombreux savoirs à offrir. Peut-être des mercredi après-midi à des enfants en mal de mamie-gâteau (c’est une idée en l’air) alors que les parents travaillent ???
Amicalement
Luce
J’ai lu avec intérêt votre article et les échanges qui ont suivi, et cela m’a inspiré quelques petites remarques, en appui à l’intervention de Thierry.
Je ne pense pas qu’un SEL puisse fonctionner si l’on ne permet pas aux selistes d’être débiteurs: chez moi un seuil a été fixé à -3000 “grains de SEL”. Cela permet par exemple de se faire aider pour un déménagement, puis de proposer des cours de guitare sur l’année pour faire remonter son solde.
Ce qui est par ailleurs intéressant, c’est qu’un seuil “maxi” a aussi été fixé, à 3000 “grains de SEL”: cela oblige des personnes très sollicitées (un réparateur informatique par exemple) à demander des services en échange (des bocaux de légumes, un prêt de voiture…). Imaginez un peu un équivalent dans l’économie traditionnelle !!??
Je trouve dommage d’avoir associé, dans le titre, les mots “SEL” et “pouvoir d’achat”. Le “pouvoir d’achat” est un concept utilisé à toutes les sauces, et il n’a absolument aucun sens dans la perspective du SEL. Tous les échanges qui peuvent être réalisés au sein d’un SEL pourraient, si les personnes le souhaitaient, relever de l’économie “classique” (tu me payes pour ceci, je te paye pour cela…) : en réalité l’intérêt du SEL est bien de (re)créer du lien social, de l’échange, de la gratuité, dans un monde soumis à la loi obscène du tout-marchand. Devenir SEListe, c’est donc un acte POLITIQUE, à l’opposé d’une “astuce, d’un “truc”, d’une “méthode”, sans parler de “tendance” comme décrit plus haut.
Bonne continuation à Ecotidien!
Un autre SEListe du Nord!
Je vous remercie pour vos suggestions, ce sont de bonnes idées que je mettrai à profit.
Je dois étudier avec attention les principes de base du “SEL”, j’ai du les survoler un peu trop vite. La dernière phrase de Samuel m’a interpelée : il dit que pratiquer le “SEL” est un acte de principe, et que ce n’est ni une astuce, ni un truc. Or c’est un peu comme ça que je voyais les choses et j’avais tort.J’avoue qu’essayer de contourner la loi mercantile qui régit notre monde depuis bien longtemps, ce serait assez savoureux, un peu comme une bonne farce qui ferait du bien à tout le monde.
Dans ma vie je n’ai pas été démunie, j’ai eu cette chance, et j’ai souvent donné ce que je pouvais vendre. Or je me suis heurtée souvent à des réactions pas faciles à vivre. C’était: Bof, elle “peut bien” le faire, elle en a d’autres! Ou c’était une grande méfiance basée sur: qu’est ce qu’elle va bien pouvoir me demander, elle veut certainement un “retour sur investissement”. Je me suis un peu repliée à cause de ça.
Peut être cette sorte de banque d’échanges que représente ce “SEL” ‘est une façon de donner plus équitable puisqu’on peut, si on veut, avoir quelque chose d’autre, équivalent ou non. C’est donc moins “lourd” pour celui qui reçoit.
Oui je vais me replonger dans les statuts du “SEL”.
Bonne journée les jeunes!
Cela fait quelques années que j’entends parler du SEL (je vis en Belgique)…
Quel est l’état du SEL en Belgique ? Je n’en sais rien. Pour la simple et bonne raison que je n’ai fait jusqu’à présent aucune démarche pour m’incorporer à ce système.
Pourtant ce n’est pas l’intérêt qui manque.
J’ai tenté de créer ma propre route en mettant en action plusieurs principes “alternatifs”…
Je voudrais vous présenter cela, en quelques mots, afin de “rebondir” sur ce que Cathy a écrit : “essayer de contourner la loi mercantile (…)ce serait assez savoureux, un peu comme une bonne farce qui ferait du bien à tout le monde”
Le rêve que nous avons, il faut le créer, le matérialiser. J’ai pris le partie pris de l’utopie, en étant persuadé que cette folie est sage et salvatrice… comme une nécessité de respirer…
C’est ce que j’ai essayé de mettre en place depuis 2004, en proposant des “échanges de talents” ; si vous êtes écrivain, et moi illustrateur, nous pourrions ensemble créer un livre illustré… par exemple…
Un échange de talents basé sur le copyright ou le copyleft (selon ce qui vous arrange). Le copyleft est un accord (légal) des deux parties pour la reproduction de l’oeuvre, sous certaines conditions.
A la suite de cela, le projet a évolué encore. Nous avons déterminé une sorte “d’échange de compétences” ; si vous êtes sourd et que vous avez besoin de faire des démarches administratives, et que vous ne pouvez pas vous payer un interprète (langue des signes/francais)… en échange, la personne sourde en question peut offrir son aide pour les personnes entendantes qui cherchent à apprendre la langue des signes, par exemple…
Dans ce qui est proposé ici, il n’y a aucune notion de “comptabiliser” des points…
On échange…
Est-ce important d’appeler cela “troc” ou “échanges de services” ?
La question pour moi n’est pas de “donner/recevoir” (si j’ai donné 1, je dois recevoir 1)… mais plutot, hors de toute mathématique, il est question davantage de resserrer des “liens de complémentarité”…
On s’apercoit qu’un artiste peut évoluer (autrement, plus loin, différemment, etc.) s’il fait des échanges concrets avec d’autres artistes (collaboration sur une même oeuvre, co-participation à une oeuvre collective, etc.)
De même, on se rend compte, par le biais des échanges, que les personnes “ordinaires” ont besoin des personnes “handicapées” pour évoluer humainement… et inversement… que ce soit sur des plans psychologiques, sociaux, culturels, épistémologiques, etc.
Ou en sommes-nous dans nos projets ?
La route est longue, et les gens sont méfiants, voire incrédules devant une possibilité d’échange simple… véritablement généreux…
Pour rétablir des “rapports humains” sains, il faut probablement briser nos méfiances…
Plus nous sommes dans la crainte, et plus les échanges humains sont compliqués, intriqués… et donc “lourds”… qui ne nous remplissent pas d’amour mais au contraire, nous vident de notre énergie…
Si on se replie, comme l’évoquait Cathy, c’est que notre “voix intérieur” ressent quelque chose qui n’est pas authentique, simplement harmonieux…
C’est ce que nous essayons de promouvoir…
Je pense que nous ne pouvons pas envisager un mode d’échange entre êtres humains sans envisager sérieusement la question de l’harmonisation (la complémentarité dont je parlais plus haut)…
Et cette harmonisation sur le plan sociétal ne peut, à son tour, être envisagé indépendamment de nos rapports à la Nature… à l’environnement…
En réalité, il me semble que là se situe la sagesse des SEL qui proposent une espèce de tarification (le mot est vilain) de la prestation de chacun. Ce qui permet à l’échange de services de ne pas être direct puisque c’est le 3ème ou le 4ème qui peut profiter de votre talent, vous-même ayant eu besoin du talent de quelqu’un à qui vous n’avez rendu aucun service directement. Et ça c’est très bien. C’est une belle invention intelligente.
Évidemment, cette sorte de tarification ressemble un peu à celle régie par la monnaie, le “sur-endettement” peut exister aussi, mais personne n’écrase personne et les rapports entre les gens ne sont pas des rapports de force, personne ne menace personne et on peut s’expliquer: ça aussi c’est très bien : c’est ce qui a disparu dans notre société mercantile, le coté humain, tout simplement.
Bien entendu, même décidés à changer un peu les choses, nous sommes certainement tous à la merci d’un “gougnafier” qui verrait les SELlistes comme un joli troupeau de brebis à tondre.
Bof, quelle véritable importance aurait ce genre d’actions négatives? Le “gougnafier” serait à plaindre et le SEL continuerait…
Alors au fond, Exoseth, peut être avez vous raison d’être utopiste? C’est ce qui fait avancer les choses, oser ne pas craindre de se faire avoir.
“Non quia timemus non audemus, sed quia non audemus, timemus”, c’est Séneque qui disait que “Ce n’est pas parce que nous avons peur que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas que nous avons peur” Alors fonçons dans nos utopies, elles sont utiles.
Tiens, justement, nous échangeons nos vues… sans tarification…
Je dis cela pour rappeler simplement que, parfois, les choses se produisent naturellement sans que cela pose le moindre problème…
Je voulais dire aussi que je ne suis pas enfermé dans mes utopies. Je ne cesse de me remettre en question. Je me demande à quel point la chose est viable, si elle n’a aucune efficience dans le “monde physique”… Je connais la force que vous évoquez, l’utopie est surement un “moteur de changement”. Mais je me demande (surtout en ce moment) s’il ne faut pas “intégrer” une certaine part du “principe de réalité” pour pouvoir avancer concrètement.
Le fait est que le projet dont je parle est stagnant… il se confronte aux nombreux murs que les humains ont créé en eux-mêmes (psychologie) et à l’extérieur d’eux-mêmes (exigences sociétales)…
Je ne connais pas bien du tout le SEL, mais d’après le peu que j’en ai lu, cela semble davantage “ancré” dans un certain “principe de réalité” (celui qui est vécu au quotidien par les populations)…
Je crois qu’il y a un juste milieu à trouver… j’y crois très fort… Un juste milieu entre d’une part notre facette féminine, et d’autre part notre aspect masculin…
La première est soucieuse de la bonne qualité de la relation, peu importe le résultat ou l’objectif (passant au second plan) et met davantage en avant plan une capacité de “don de soi”… On cherche à sentir, à vivre et à rééquilibrer sans cesse cette harmonisation constamment fragile dont nous parlons…
C’est avec cette facette féminine que nous avancons dans le sens d’une collaboration rééquilibrante avec les hommes et la nature…
L’autre, l’aspect masculin, nous le connaissons trop bien… si bien que nous ne nous en apercevons plus du tout. Il ne veut pas de la moindre faille, ou du moindre risque, il veut l’efficacité… Cette peur de “l’à peu près” le rend soucieux de mettre en place des tas de stratégies différentes pour que “ca marche”… pour que ca fonctionne… A la limite, même si les résultats sont médiocres, il faut que ca fonctionne (ce qui explique l’absurdité d’un monde exclusivement masculin)…
Le SEL possède les deux facettes… avec un certain dosage (comme un cocktail)…
Mes projets sont fait d’un cocktail qui rejette sans doute trop tout cet aspect masculin…
Mais peut-on décemment vivre dans un monde où nos relations sont controlées, évaluées, tarifiées…
Il faut sans doute des fous pour proposer des cocktails différents et envisager que les dosages puissent se mettre en mouvement… constamment… pour partir réellement à la recherche d’un équilibre…
Un jeu sans repos…
EXOSETH et CATHY, quel régal de vous lire tous deux…fins, intelligents, mais pas intellos…
CATHY…”vieille” ? (à vous lire, je n’ai pas eu ce sentiment, même si “pas très mobile” , et cela reste également subjectif pour nous, puisque vous seule savez à quoi cela correspond)…il y en aurait tant à dire, sur ces sujets…les rides ne sont-elles pas l’expression de ce que l’on a vécu, les joies, comme les peines ?…il y a de nombreux “jeunes” qui n’ont pas l’ouverture d’esprit ni la “pêche de certains “vieux”… merci pour ces morceaux de questionnements, ce bon sens, pour cette phrase de Sénèque rangée dans un coin de ma mémoire…moi, je ne suis pas toute jeune (subjectif) et pourtant j’aime la vie, je ne suis pas très vieille (subjectif) et pourtant, je suis mature…
Exoseth, ne perdez pas vos utopies, car il n’en reste plus assez et il y a bien trop longtemps qu’il n’y en a plus…ni le rêve, ni la poussière d’étoile, ni la confiance (qui n’est pas forcément être bête), ni le partage, ni le sourire qui réchauffe et ravive…tout cela, qui semblerait de plus en plus anormal, fait peut-être de nous des fous (que c’est précieux, le grain de folie), mais pas forcément des naïfs, utilisables à souhait…même si la réalité est là et qu’elle va de mal en pis…le rêve n’est pas forcément inconscient, n’est-ce pas ?…ne perdez pas non plus vos points de suspension…moi j’apprécie cette notion de “complémentarité”, autant que la notion de partage (encore plus que “échange”)…
Des centres d’intérêt, des capacités (mais pas toutes, forcément)…des points forts et des choses qui me manquent…des savoirs, mais des choses que j’ignore…
Simplement, gratuitement, sainement, sans poser de problèmes, j’aimerais bien échanger et vous entendre parler un peu plus de ce projet “qui stagne”…
Le SEL, j’ai approché il y a quelques années (une amie en faisait partie)…j’ai partagé un repas autour du potiron et des courges avec un groupe…j’y ai croisé des personnes sympathiques, mais le comportement de l’un m’a interpelée…je l’avais déjà rencontré dans d’autres circonstances, et il est donc venu me dire bonjour…mais…sa première phrase a été : “et toi, qu’est-ce que tu as à offrir ?” … effectivement, dans tout système, certains vont vouloir surtout profiter…
ayant un boulot de dingue (expression revendiquée, c’était vraiment le cas) et donnant également du temps dans d’autres choses, je ne me suis pas inscrite dans la démarche
J’avais aussi côtoyé un peu un RESEAU D’ECHANGE DE SAVOIRS où la présentation parlait d’abord des souhaits que les personnes pouvaient avoir, puis, progressivement, des propositions qu’elles pouvaient faire, en échange…j’y avais senti encore moins de notion comptable..mais je ne peux parler de ces deux systèmes de l’intérieur, puisque je n’y suis pas entrée, à l’époque…
Je parle autour de moi de ces possibilités alternatives, et je suis étonnée de constater à quel point les gens sont désenchantés, méfiants, presque aigris.
A mon age, je me suis faite “avoir” plus d’une fois, mais ça n’a pas ébranlé ma foi en la nature profonde des êtres humains : En gros, si on les traite gentiment et honnêtement, ils vous rendent la pareille.
C’est hors sujet mais je vous raconte une anecdote qui prouve celà : il y a quelques années, m’étant attardée à la fin d’un diner, je me suis retrouvée sans personne pour me raccompagner, j’ai refusé que le maître de maison se dérange et j’ai traversé Aix toute seule vers 3 heures du matin. 300 mètres avant d’arriver, j’étais dans une petite rue, un peu un raccourci, et tout à coup 4 jeunes gens, persuadés qu’ils étaient de méchants voyous, sont arrivés en courant par une rue adjacente, et se sont alignés en face de moi en ricanant pour m’effrayer. Quelque chose en moi m’a interdit d’avoir peur, et m’a dicté une phrase qui était géniale : “Ouf, vous êtes là les garçons, ça me fait plaisir car je viens de traverser la ville et j’avais peur toute seule. Pouvez vous me raccompagner chez moi pour me protéger?” Eh bien ils l’ont fait, très gentiment, et chacun m’a demandé une bise de mamie avant que je referme ma porte. C’est pas beau, ça?
Oui, il faut croire que les gens ont “bon fond” (comme nous disons en Provence), il faut croire que ces rapports basés sur des solutions non conventionnelles sont possible, il faut croire qu’on peut toujours parler pour rassurer un inquiet, essayer que tout cela marche. A force, ça marchera?
Exoseth, comme Danièle, j’aimerais que vous nous en disiez plus sur ces projets qui vous tiennent à cœur.
Bonne nuit à tous, à bientôt.